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En Jordanie, les chrétiens sous protection, Arte, 03.05.2016

En Jordanie, les chrétiens sous protection

arte

Économiquement puissants, intégrés dans la société et surreprésentés politiquement, les chrétiens de Jordanie

jouissent d’un statut à part au Moyen-Orient. Leur premier protecteur n’est autre que le roi Abdallah II.

Évoquer la situation des chrétiens d’Orient revient souvent à employer un vocabulaire apocalyptique. Pourtant, aux frontières de la Syrie, de l’Irak et de l’Arabie saoudite, le petit royaume jordanien s’attache à garantir la protection et l’épanouissement de ses chrétiens, majoritairement orthodoxes et catholiques – onze Églises étant reconnues par l’État. « La Jordanie est sans doute le pays où les chrétiens se sentent le mieux », raconte à ARTE Info Hana Jaber, chercheure associée au Collège de France et spécialiste de la Jordanie. « Ils sont bien intégrés et en aucun cas discriminés par le régime. D’ailleurs, s’ils étaient discriminés, ce serait de manière positive. » Et pour cause : alors qu’ils représentent environ 3 % de la population jordanienne, 6 % des sièges de la Chambre des députés leur sont réservés, et au Sénat, le roi Abdallah II a nommé 10 % chrétiens en 2010. À cela s’ajoute la présence continue de ministres de cette religion dans les gouvernements du pays. Au milieu des années 2000, le chrétien Marwan Muasher a même occupé les postes clés de ministre des Affaires étrangères puis de vice-Premier ministre.
Joint par ARTE Info, Antoine Fleyfel, de l’Œuvre d’Orient, explique les raisons d’un tel poids politique : « L’alliance entre les chrétiens de Jordanie et la monarchie remonte à la fondation du royaume, durant la première partie du XXe siècle. Par ailleurs, face à l’ennemi juré du régime, en l’occurrence les Frères musulmans, le roi a tout intérêt à donner aux chrétiens plus de place dans le pouvoir. »

Le royaume des chrétiens heureux ?

La visibilité des chrétiens de Jordanie ne se limite pas au monde politique. « Entre un quart et un tiers de l’économie est dans leurs mains », assure Antoine Fleyfel. « Dans certains secteurs comme la haute restauration, ils sont en situation de monopole », renchérit Hana Jaber. Puissants malgré leur faible nombre, les chrétiens de Jordanie aiment ainsi se qualifier de « minorité qualitative », selon les mots de l’archevêque jordanien Maroun Lahham. Néanmoins, des spécificités inhérentes à leur société les crispent : un chrétien devra se convertir à l’islam pour épouser une musulmane alors qu’un musulman n’aura pas à se convertir s’il souhaite se marier avec une chrétienne ; la conversion de l’islam au christianisme est interdite ; il n’existe pas d’enseignement religieux chrétien dans les écoles publiques… « Les chrétiens sortent de l’école et vont jouer au football pendant les cours de religion », regrette Maroun Lahham.
La Jordanie est-elle malgré tout, comme s’interroge Antoine Fleyfel, « le royaume des chrétiens heureux » ? À en croire Hana Jaber, la réponse est positive : « J’ai vécu pendant des années en Jordanie, dans une maison prise en sandwich entre une école missionnaire et une mosquée. Et tous ces gens vivaient en bonne entente. Je n’ai jamais vu de persécution. » Inquiet par la proximité du groupe État islamique et l’arrivée de nombreux réfugiés, Antoine Fleyfel est plus mesuré : « Nous sommes dans l’inconnu, dans une période où tout est suspendu. L’avenir de ces chrétiens est tributaire du destin de l’État islamique. »

« Une société indivisible »

Face à un avenir incertain mais moins obscur que dans les pays voisins, les chrétiens de Jordanie savent qu’ils peuvent compter sur le soutien d’Abdallah II. En visite au Parlement européen en mars 2015, le roi de Jordanie, dans un discours très applaudi par les eurodéputés, avait réagi aux attaques dont sont victimes les chrétiens au Moyen-Orient, les qualifiant d’« atteinte portée à l’humanité toute entière » et assurant que « les chrétiens arabes font partie intégrante du passé, du présent et du futur » de la région. Abdallah II avait aussi livré sa vision sur sa nation, qu’il qualifie de « société indivisible » : « La Jordanie est un pays musulman, riche d’une communauté chrétienne profondément enracinée. » Des mots qui avaient marqué l’hémicycle et mis en lumière le statut si particulier de ces chrétiens.

Raphaël Badache
03.05.2016

Merci Grégoire Haddad (1924-2015)

Article paru dans le bulletin 277 de Solidarité-Orient (Belgique), janvier-mars 2016

Le 23 décembre 2015, le Liban perdit l’une de ses grandes figures. Le père Grégoire Haddad, ancien archevêque grec melkite catholique de Beyrouth, né en 1924, rejoignit la maison du Père. Celui qu’on appelait « l’évêque rouge » en raison de son engagement pour les pauvres, de ses positionnements politiques et de sa militance novatrice pour la laïcité au Liban, était un personnage très controversé dans les années 1970.

Pour d’aucuns hérétique, notamment en raison de ses positionnements théologiques dans la revue Afak, il fut considéré par d’autres comme porteur d’un projet de renouveau et de libération, pour les Églises, pour les religions, pour la société, pour la patrie, mais surtout pour « tout homme, tout l’homme », comme il se plaisait à répéter. Théologien, plus par nécessité que par carrière, il livra quelques écrits d’une audace particulière dans le contexte du Liban des années 1970. Ses réflexions révélant une éthique d’amour chrétienne et humaniste appelaient à une double libération, celle du Christ et celle de l’homme. Le Christ devrait être libéré des dévotions, théologies et spiritualités qui aliènent son image, de l’identification avec l’Église qui ne doit pas prendre sa place, des chrétiens qui ne rendent pas toujours un bon témoignage de lui, du christianisme, sujet d’influences culturelles, artistiques, politiques et linguistiques, de l’emprise de la philosophie, de la théologie et des sciences religieuses. L’homme devrait être libéré de ses servitudes intérieures : le péché, la loi, le complexe de la sexualité, l’amour possessif, les mauvais désirs et passions… et des servitudes extérieures : la misère, le racisme, l’exploitation… Quant au projet de « laïcité globale », il reste vivant à travers ceux qui y croient, mais aussi grâce à ceux qui militent en sa faveur à travers plusieurs associations, fondées par le père Haddad ou inspirées par lui. Alors qu’on assimilait la laïcité à l’anticléricalisme, l’évêque rouge prêchait une laïcité positive envers les religions, une laïcité dont il trouva une partie des justifications dans les textes sacrés eux-mêmes, la Bible et le Coran. Loin de s’opposer à la religion, la laïcité telle qu’il l’entendait en était la garante et la purificatrice.

Cette brève notice biographique est nécessaire, mais mon intention n’est pas de rédiger une étude sur la pensée de Haddad, je l’ai déjà fait à maintes reprises et de manière détaillée. Je voudrais par contre livrer un témoignage succinct, car sa pensée me marqua, m’influença et fit partie intégrante de mon évolution théologique. À l’encontre de beaucoup de personnes qui suivirent le père Grégoire de près, je ne le connus que quelques années seulement avant sa mort, en 2007 à travers ses écrits, et à partir de 2008 sur son lit de convalescence où il passa de longues années. Je ne suis donc ni un militant de la première heure ni un fidèle de son Église. Davantage, lorsque je lisais pour la première fois ses écrits sur la laïcité et la libération, je professais des options politiques et théologiques bien distantes des siennes. Cependant, la pensée de cet homme venant d’une autre époque sut trouver son chemin vers ma raison, la toucha et participa à sa maturation.

C’est mon ami Mouchir Aoun qui, conseillant des auteurs pour ma thèse de doctorat en théologie, me suggéra les écrits de Grégoire Haddad. Je ne savais de lui que ses démêlées avec la Congrégation pour la doctrine de la foi qui résultèrent en la déclaration de l’orthodoxie de sa théologie, mais aussi, en sa démission de son siège épiscopal. Néanmoins, une fois ma recherche entamée, je constatai qu’une théologie libérationnelle et audacieuse était possible au Liban, et qu’une expression de foi contextualisée ne relevait pas uniquement de l’ordre du souhait, mais qu’il existe des personnes engagés sur ce chemin.

La puissance de la théologie de Haddad réside dans le fait qu’elle se transforma en un héritage qui dépasse son auteur. Elle est libre au point de s’affranchir de son créateur même et de pouvoir toucher une personne qui la lut trois décennies plus tard, en y découvrant une actualité déconcertante. Par ailleurs, cette théologie eut pour moi davantage de poids lorsque je visitais Haddad dans son lieu de convalescence. Il était cloué dans son lit depuis plusieurs années, victime d’une ostéoporose et bien affaibli. Lors de nos rencontres, il ne pouvait parfois plus poursuivre l’échange, tellement la fatigue et l’épuisement physique étaient importants. Nonobstant, je pus percevoir face à moi un homme d’une humilité authentique, d’une gentillesse débordante et d’une volonté de témoignage évangélique manifeste. Encore plus que la pensée, la personne me toucha au point que je lui écrivis dans les remerciements de ma thèse de doctorat : « Nos rencontres, vos paroles me marqueront à vie. »

Depuis ces temps, beaucoup de choses se sont passées, et je suis désormais professeur de théologie et de philosophie à l’université catholique de Lille. Mais si j’en suis arrivé là, c’est surtout grâce à ceux qui m’ont porté, par leur personne et par leur pensée. Cet humble témoignage dit toute ma gratitude au père Grégoire. Que sa mémoire soit éternelle !

Antoine Fleyfel

Mars 2016

Antoine Fleyfel, “la place de l’autre…”, France culture, 31.01.2016

Rencontre à France Culture le 31.01.2016 dans le cadre de l’émission Foi et Tradition, présentée par Sébastien de Courtois.

Présentation de l’émission

Antoine Fleyfel , philosophe et théologien, est rédacteur en chef de la revue “Perspectives & Réflexions” , dont le récent n°3 s’employait à commémorer la funeste année 2015, avec trois dossiers : “le génocide arménien, ce que nombre de sprécialistes dénomment génocide assyro-chaldéo-syriaque, et la famine du Mont-Liban”.

Ici, au micro de Sébastien de Courtois , Antoine Fleyfel veut nous parler de l’avenir, un avenir fondé sur la lutte pour la cotoyenneté : “Il faut parler des chrétiens en Orient sous l’angle de la citoyenneté et de l’altérité” , dit-il.

Antoine Fleyfel tient beaucoup à l’idée de diversité : la diversité comme un antidote aux extrémismes et à la violence. Une diversité créatrice, insiste-t-il; des gens divers et qui ont la volonté de bâtir ensemble.

Antoine Fleyfel dit avoir des interlocuteurs : musulmans, chiites ou sunnites, qui lui disent qu’ils sont les premières victimes de cette violence. Il dit surtout qu’il ne s’agit pas là d’une guerre de religion, car les religions sont instrumentalisées dans ce conflit.

Il ne faut pas croire que l’islam se réduit à ces extrémismes qui prêchent contre l’Occident. Non, l’islam est beaucoup plus que ça, dit-il; et il pense à Louis Massignon , islamologue, chrétien engagé, lui-même devenu un chrétien d’Orient, marqué par sa rencontre avec le père Charles de Foucauld , au point d’avoir pensé le rejoindre au Sahara… C’est en tout cas de lui qu’il a tiré l’idée de “substitution” spirituelle; car les chrétiens d’Orient ne cherchent pas à convertir les musulmans, mais à s’offrir en “substitués” à leur place…

Antoine Fleyfel, en philosophe et théologien, dit ici qu’il faut réfléchir au sens du mot “altérité” , au mot “dialogue” , un dialogue de vie, comme au Liban, où il y a des villages mixtes, et où il n’est pas rare de rencontrer des familles musulmanes en train de baptiser leurs enfants, raconte-t-il ici; avant de dire : “Je ne crois pas que les chrétiens d’Orient vont disparaître.”

“Alors le coeur comprend que Celui qu’il voit

N’a jamais cessé de l’appeler vers Lui.”

Ibn ‘Arabî

Antoine Fleyfel, Sur la situation au Liban, KTO, 02.12.2015

Après le double attentat suicide survenu le 12 novembre dans la banlieue sud de Beyrouth, quel est le climat au Liban? Comment réagissent les chrétiens? Quels sont les enjeux pour l’avenir du pays du Cèdre, qui subit les effets de la guerre en Syrie? Décryptage dans Églises du Monde avec Antoine Fleyfel, professeur de philosophie et de théologie à l’Université catholique de Lille, et responsable des relations académiques à l’Œuvre d’Orient.

L’action de Mgr Félix Charmetant, directeur de l’Œuvre d’Orient (1885-1921), en faveur de la cause arménienne

Article scientifique paru en deux parties dans la revue de l’Œuvre d’Orient. N° 780 (2015), n° 781 (2015).

 

Oeuvre-d-Orient

Introduction

 

En cette année 2015 qui commémore le centenaire du génocide arménien, les concernés et les sympathisants font de leur mieux pour mettre en lumière les circonstances de ce drame, afin de le faire connaître et pour agir dans le sens d’une pleine reconnaissance et d’un dédommagement. À cette occasion, il est du devoir de mémoire de parler de l’une des personnes qui agirent le plus en France en faveur des Arméniens de l’Empire ottoman, sur trois décennies, Mgr Félix Charmetant (1844-1921), directeur de l’Œuvre d’Orient de 1885 jusqu’à sa mort.

S’agissant du sort des Arméniens, Charmetant mena, à partir de 1895, une très vaste campagne pour dénoncer les massacres et les crimes qu’ils subirent. Soldat infatigable, il utilisa tous les moyens possibles pour faire connaître les circonstances des malheurs qu’ils vécurent et pour leur apporter une aide de quelque nature qu’elle fût, financière ou politique. Sa littérature sur la question abonde et informe de l’ampleur de son action : ses éditoriaux et articles dans le bulletin de l’Œuvre, sa correspondance et plusieurs ouvrages dont : Martyrologe arménien : Tableau officiel des massacres d’Arménie, dressé après enquêtes des six ambassades de Constantinople, et statistique dressée par des témoins oculaires grégoriens et protestants des profanations d’églises, assassinats d’ecclésiastiques, apostasies forcées, enlèvements de femmes et jeunes vierges, Paris, Bureau des Œuvres d’Orient, 1896 ; L’Arménie agonisante et l’Europe chrétienne : Appel aux chefs d’État, Paris, Bureau des Œuvres d’Orient, 1897 ; Pitié pour nos pauvres frères d’Arménie !, Paris, Bureau des Œuvres d’Orient, 1910 ; Constantinople, Syrie et Palestine : Lettre ouverte à nos hommes d’État, Paris, Bureau des Œuvres d’Orient, 1915.

Il est impossible de rendre compte et d’analyser dans un article, aussi long qu’il soit, toute l’action de Félix Charmetant en faveur des Arméniens. Cela devrait faire l’objet d’un mémoire de master, voire d’une thèse de doctorat. Cependant, nous avons l’ambition de donner une idée de ce qui se fit en parlant de l’essentiel du combat mené par l’ancien directeur de l’Œuvre d’Orient. Ne pouvant évoquer sa militance pour la cause arménienne sur trois décennie, nous optons pour un examen de son activité durant deux périodes clefs des malheurs des Arméniens de l’Empire ottoman, à savoir les massacres hamidiens (1894-1896) et le génocide (1915-1916).

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Lettre triste

Lettre triste, humble composition spontanée par Antoine Fleyfel, à la mémoire des victimes des deux attentats terroristes qui ont eu lieu le jeudi 12 novembre 2015 à Beyrouth et le vendredi 13novembre 2015 à Paris. La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant (saint Irénée de Lyon).

2015

 

”Monde arabe et démocratie, approches religieuses et anthropologiques”, in Religion dans l’espace démocratique, L’Harmattan, Paris, 2015, p. 91-107.

9782343068237r

Extraits dans Google books

Antoine Fleyfel, invité de l’émission “Cloches de l’Orient”, Al-Mayadeen, 06.09.2015

انطوان فليفل ضيف أجراس المشرق على شاشة الميادين 2015 09 06

Antoine Fleyfel, Reconnaissance Palestine / Vatican, France 24 arabe, 15.05.2015

Antoine Fleyfel, Reconnaissance de la Palestine par le Saint Siège, France 24 arabe, 15.05.2015

Antoine Fleyfel, Éditorial, Perspectives & Réflexions, Œuvre d’Orient, n° 3, 2015

Éditorial du numéro 3, 2015, de la revue universitaire de L’Œuvre d’Orient, Perspectives & Réflexions.

p&r 3

« Le gouvernement jeune-turc n’a pu réaliser qu’en partie

son plan de profiter de la Grande Guerre pour établir la

turquification radicale de l’Empire ottoman. Il a toutefois

réussi à détruire environ un million d’Arménien, et des centaines

de milliers de Grecs, de Libanais et d’Assyro-Chaldéens[1]. »

Le troisième numéro de Perspectives & Réflexions paraît dans une année 2015 doublement difficile pour les chrétiens d’Orient : sur le plan de la mémoire, elle fait état de blessures de plus de deux millions de chrétiens qui perdirent la vie, il y a un siècle, à cause de la politique barbare et raciste des Jeunes-Turcs. Cette mémoire est à certains égards reconnue – mais pas suffisamment –, et à d’autres, oubliée ou ignorée. Un long travail reste à faire à ce sujet. Son actualité est marquée par la poursuite des violences criminelles dans le monde arabe, particulièrement en Irak et en Syrie. Des agissements atroces qui consistent à tuer au nom de Dieu, utilisant parfois de viles méthodes, détruisent ce qu’il y a de plus sacré : l’homme ! Citoyens des différents États du monde arabe, les chrétiens souffrent avec leurs partenaires de vie, sunnites, chiites, druzes, alaouites, yézidis et laïcs, des conséquences de la destruction et de la haine aveugle. L’année écoulée fut sinistre pour nombres d’Églises, notamment en Irak dans des foyers historiques comme Mossul ou Qaraqosh.

Pour faire mémoire de la funeste année 1915, mais aussi les conséquences de la Première Guerre mondiale sur les chrétiens d’Orient, nous avons choisi de consacrer cette revue à l’histoire pour rendre compte de plus d’un génocide perpétré contre les chrétiens au Proche-Orient. Sur ce plan, trois dossiers doivent être évoqués : le génocide arménien, ce que nombre de spécialistes dénomment génocide assyro-chaldéo-syriaque et la famine du Mont-Liban.

Le dossier arménien se débite en quatre articles. Il rappelle l’histoire générale de l’Arménie (M. Yévadian), traite des circonstances du génocide (M. Varoujan), met en lumière la situation de l’Église dans l’Arménie soviétique de 1920 à 1938 (P. Sukiasyan) et évoque la présence arménienne dans la Machreq (T. Yégavian). Quant au dossier assyro-chaldéo-syriaque, il est composé de trois articles. Ceux-ci étudient les circonstances de cet autre génocide méconnu de 1915 (J. Alichoran), les drames qui se succédèrent par la suite sur les communautés assyro-chaldéo-syriaques à travers exodes et exactions (J. Yacoub) et les difficultés récentes des chrétiens dans le nord de l’Irak (C. Lochon). Enfin, un dernier article traite de la grande famine du Mont-Liban (1915-1918), provoquée par le blocus ottoman et ayant coûté la vie à plusieurs centaines de milliers de chrétiens.

Depuis trois ans, nous espérons dans cet éditorial des jours meilleurs pour le Moyen-Orient. Mais depuis trois ans, la situation n’a jamais été aussi meurtrière et critique. Cela ne peut être pour nous que l’occasion d’une activité encore plus intense. En dépit de la haine et de la mort, nous osons espérer, comme le dit saint Paul, contre toute espérance…

Antoine Fleyfel

Rédacteur en chef

 

[1]André-N. Mandelstam, Le sort de l’Empire ottoman, Payot, Lausanne-Paris, 1917, p. 29.