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L’Institut chrétiens d’Orient s’ouvre à l’Arménie, Nouvelles d’Arménie Magazine, Mars 2021

En février et mars, l’Institut des Chrétiens d’Orient (ICO), qui a ouvert ses portes en octobre 2020, propose une session de cours sur l’histoire et la géopolitique de l’Arménie. Antoine Fleyfel, son directeur, revient sur les motivations de son engagement en faveur de la cause arménienne.

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Nouvelles d’Arménie Magazine : Vous êtes un jeune théologien et un philosophe franco-libanais, est-ce tout naturellement que vous en êtes venu à travailler sur la thématique des Chrétiens orientaux ?

Antoine Fleyfel : Je suis un enfant de la guerre libanaise. À treize ans, j’étais déjà impliqué politiquement pour la présence et l’avenir des Chrétiens. Un peu avant mes 16 ans, mon expérience de foi en Dieu a profondément bouleversé le cours de ma vie. Avec ma foi, mon engagement pour les chrétiens du Liban et de l’Orient arabe a revêtu un sens spirituel, la passion de témoigner et de défendre ces communautés contre tous les dangers existentiels qui les guettent. Ma condition a fait que je n’ai jamais été un maronite fanatique emprisonné dans sa confession. Mes parents sont maronites, mais ma grand-mère qui m’a élevée est grecque orthodoxe. J’ai été baptisé en Syrie dans la ville chrétienne de Saydnaya chez les Grecs orthodoxes. J’ai fréquenté dans mon enfance et mon adolescence une église évangélique qui m’a permis de connaître aussi le protestantisme. J’ai donc, dès le départ, une sensibilité vis-à-vis de toutes les communautés. Ma connaissance des Églises, ma foi et mon engagement ont fait que toutes les Églises d’Orient sont devenues pour moi une partie de ce que je suis. Mes amis arméniens, coptes, et syriaques m’ont conforté dans cet engagement supra confessionnel.

NAM: Vous avez fondé l’Institut des chrétiens orientaux, il s’agit d’une première en France, pouvez-vous nous présenter les grandes lignes de votre établissement et à quel public il s’adresse ?

A.F.: Cela fait quinze ans que je rêvais de créer un observatoire des Chrétiens d’Orient. Il manquait un lieu dédié qui aborde cette thématique dans un cadre réflectif. Quand j’étais professeur à l’université catholique de Lille, j’étais principalement plongé dans l’enseignement des classiques de la théologie, de la philosophie : la question de Dieu, la Trinité, la théologie pratique, la philosophie politique, mais aussi la géopolitique des religions… Parallèlement, je poursuivais mes activités au sein de l’Œuvre d’Orient, via des conférences et la responsabilité de la revue académique que j’ai fondée: Perspective & Réflexion. En 2018, j’ai décidé de quitter mon poste et j’ai compris que le moment était venu. Au début, certains n’ont pas compris mon geste et y ont vu une aventure. Ils avaient raison, c’est l’une des plus belles aventures de ma vie. Certes, il y a des enseignements en France sur les chrétiens d’Orient, mais en aucun cas il n’existe de lieu exclusivement dédié à la formation sur les chrétiens d’Orient dans un cadre pluridisciplinaire (Histoire, littérature, théologie, géopolitique, etc.). De plus, le socle scientifique est nécessaire mais il ne suffit pas, il faut un lieu d’engagement. Ma méthode consiste à ne pas compartimenter approche universitaire et engagement citoyen au profit des Chrétiens d’Orient, l’un n’empêche pas l’autre même si dans un pays
laïc comme la France cela peut paraître étrange. L’ICO est non seulement un lieu unique où se concentre la recherche autour des Chrétiens d’Orient, mais aussi un lieu d’engagement au service de ces communautés, dans une perspective citoyenne de dialogue et de paix.

NAM: Vous lancez, en février et mars, une session spéciale de cours sur la question arménienne avec le professeur Claude Mutafian et le journaliste et chercheur Tigrane Yégavian. Comment vous est venue cette idée et quel est le but de cette session ?

A. F. : Il y a des motivations, à la fois personnelles, scientifiques et existentielles. J’ai de l’amitié pour beaucoup d’Arméniens du Liban et de la diaspora. Ceux que j’ai connus au Liban sont en communion avec moi. Le patrimoine arménien est d’une richesse inouïe et sa civilisation unique au monde. Ils sont dans le contexte des Chrétiens d’Orient et en sont une constituante essentielle. Ils ont donc tout naturellement leur place à l’ICO. Mais il y a aussi une dimension existentielle : je suis engagé pour la défense des causes des Chrétiens d’Orient dans leurs diversités. En fin de compte, ces causes aussi variées soient-elles, sont les mêmes : elles défendent la liberté, le droit à l’autodétermination… Elles essaient de panser leurs blessures dues à l’exil. Je vois une cause commune qui a trait à la liberté, à l’Histoire et à la particularité de toutes ces communautés, qui font face aux mêmes dangers existentiels.

NAM: Votre thèse qui porte sur la théologie contextuelle arabe apporte un nouveau regard sur le sens du présent et de l’avenir de la présence chrétienne en Orient. Or, les chaos consécutifs aux printemps arabes n’augurent guère de l’optimisme surtout en Syrie et au Liban. Quelles sont les raisons d’espérer en leur avenir sur leurs terres et accompagneriez-vous le pape François lors de son prochain déplacement en Irak ?

A.F. : Je serai du voyage en Irak sous réserve des conditions de sécurité et de l’obtention du visa. Je suis un universitaire et je suis un Chrétien; je suis aussi un combattant. La plus belle des lumières jaillit à mes yeux là où il y a le plus d’obscurité. Sur ce plan, le Christ est mon guide parce que la foi en Christ trouve sa source dans la croix qui est le lieu de désolation par excellence. C’est le lieu d’abandon. Le Christ a été abandonné par son père, par ses disciples, même par sa mère, malgré ce qu’en dit l’Évangile de Saint-Jean. De cet abandon total et de la mort a jailli la vie. Je suis convaincu que malgré les situations les plus sombres, comme celles que nous vivons aujourd’hui, même s’il y a un siècle c’était bien pire encore avec le génocide, c’est à ce moment précis que les semeurs d’espérance doivent agir. On peut considérer la situation de deux manières : soit c’est la fin, soit une opportunité. Je crois qu’il y a des choses à faire, il y en aura toujours. Saint-Paul disait « là où le péché prolifère, la grâce abonde ». Je crois qu’il est possible de faire encore quelque chose malgré le déclin numérique, l’Histoire est toujours marquée par l’action de minorités, de poignées. Elles sont les moteurs qui transforment beaucoup. Les Chrétiens d’Orient ont toujours quelque chose à faire et à donner. Leur présence en Orient est polysémique. Ils sont sur une terre qui est la leur, quatre fois millénaire par son Histoire et les civilisations qui s’y sont succédées. Leur présence est porteuse d’héritage d’empires, de cultures qu’il ne faut pas ignorer. Ils peuvent et ont le devoir de témoigner du Christ c’est-à-dire oeuvrer pour l’amour, le dialogue, la paix et la construction de soi selon les vertus du pardon, de la fraternité et de la charité. Dans ce cadre, ils ont énormément à apporter dans le contexte de ces mondes détruits à reconstruire. Ils apportent beaucoup vues les différentes sensibilités culturelles, dont ils sont les héritiers, leur ouverture à l’Occident et à l’Orient. Leur disparition sera une perte colossale pour le monde arabe et pour le monde oriental. Leur présence est un défi pour l’islam qui se présente partout dans le monde comme rejeté,persécuté et mal aimé, victime de l’islamophobie… Si l’islam, dans sa grande diversité, jouit d’une pleine citoyenneté en Occident et aspire à être intégré, comment se comporte-t-il vis-à-vis de la différence dans ce lieu où il est majoritaire ? ????

Propos recueillis par Sarkis Ephrem Youssef

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