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Les dieux criminels, Cerf, Paris, 2017

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Présentation de l’éditeur

La barbarie des fondamentalismes rejette, détruit et extermine. À la fois dégénérescentes sur le plan culturel, perverses sur le plan théologique, terrifiantes sur le plan politique, les nouvelles idéologies religieuses recrutent toujours plus de membres.

C’est en historien et enquêteur qu’Antoine Fleyfel cherche à comprendre la logique de ces systèmes doctrinaux, dans quels contextes ils ont vu le jour, leur déploiement dans l’histoire jusqu’en ce début de XXIe siècle. Il nous mène tout droit au cœur de la grande machinerie infernale du Great Awakening de la Bible Belt, aux États-Unis ; du Goush Émounim et ses rejetons, en Israël ; du mouvement salafiste et wahhabite des origines jusqu’aux organisations terroristes Al-Qaïda et État islamique.

Un panorama religieux, politique et idéologique qui instruit le procès des dieux criminels.

Extraits sur Google Books

Commander l’ouvrage

Antoine Fleyfel, Enquête au coeur des fondamentalismes, Radio Méditerranée, 22.12.2017

Interviewé par Mounia Belarbi le 21.12.2017.
Radio Méditerranée

 

Antoine Fleyfel, La barbarie des fondamentalismes, TV5, 01.11.2017

 

Passage sur TV5 Monde pour parler de la parution du nouvel ouvrage, Les dieux criminels, Cerf, Paris, 2017.

01.11.2017

Tigrane Yegavian, L’évangélisme sioniste, La Nef, n. 297, 11.2017

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Si le conflit israélo-palestinien est l’otage d’une pléiade de facteurs alliant histoire et géopolitique, d’autres pressions d’ordre socioéconomique et idéologique exercent une influence déterminante. C’est notamment le cas du puissant lobby sioniste chrétien aux États-Unis. S’ils puisent leur discours dans une théologie à fortes implications politiques, les sionistes chrétiens ne se reconnaissent pas dans un seul courant évangélique (pentecôtiste ou charismatique etc.) et garantissent un soutien quasi inconditionnel et des plus efficaces à l’Etat hébreu de la part de Washington.  

“Regarder Israël c’est voir le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob tenir ses promesses” (…) “Comme vous-tous, ma passion pour Israël vient de ma foi chrétienne. Les chants de la terre et du peuple d’Israël étaient les hymnes de ma jeunesse. Comme nous le faisons pour nous et les nôtres, nous prions pour la paix de Jérusalem et de tous ceux qu’elle appelle chez elle. C’est vraiment le plus grand privilège de ma vie que de servir comme vice-président un président qui s’intéresse si profondément à notre allié le plus chéri “. L’auteur de ce discours prononcé en juillet 2017 lors de la réunion annuelle de l’organisation Christian United for Israel,le plus important réseau de chrétiens en faveur d’Israël, n’est autre que Mike Pence, le vice-président américain. Ce fils d’Irlandais catholiques, converti à l’évangélisme et adepte du Born Again, ne peut être plus explicite.

 

Précipiter le retour du Christ sur terre

Baptistes, Pentecôtistes, Méthodistes, Presbytériens, Adventistes etc… autant d’églises évangéliques qui essaiment dans le Nouveau Monde. Massivement concentrés dans la Bible Belt, ces adeptes d’une lecture littérale du texte sacré sont fascinés par les prédictions apocalyptiques. Ils se perçoivent comme les derniers témoins de Dieu dans une humanité en perdition. À la marge de cette galaxie dévote, évolue depuis le XIXe siècle un mouvement religieux qui a progressivement gagné en ampleur : le sionisme évangélique. Ce courant hétéroclite compterait aux Etats-Unis plus de 100 000 pasteurs pour 40 millions d’adeptes (sur les 70 millions d’évangéliques américains). Les chrétiens sionistes considèrent comme un commandement divin d’aimer et de soutenir Israël et le peuple juif, élu par Dieu. Cette attachement est du reste raffermi par le mimétisme fort qui lie le messianisme américain des pères fondateurs à l’histoire du peuple hébreu. Bénéficiant de la bienveillance des Néoconservateurs, leur influence peut s’avérer parfois déterminant sur le terrain diplomatique.

Selon le philosophe et théologien Antoine Fleyfel, auteur d’un essai consacré aux fondamentalismes évangélique, sioniste et salafiste (voir encadré), le terme évangélique sioniste désigne un mouvement évangélique qui voit dans la création de l’Etat d’Israël une réalisation des prophéties bibliques préparant le retour du Christ en gloire (Christ Pantocrator) qui viendra juger les vivants et les morts. Croyant la fin du monde imminente, les évangéliques l’attendent avec impatience. Mais pour ce faire, encore faut-il que le « peuple élu » retourne à la « Terre promise », où il est censé embrasser la foi chrétienne.

Continue reading Tigrane Yegavian, L’évangélisme sioniste, La Nef, n. 297, 11.2017

Jonathan Guilbaut, Les dieux criminels, Carnets du parvi, 27.10.2017

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À moins d’être d’une mauvaise foi crasse et de rapporter aux religions tous les maux de l’humanité – une thèse que l’on surprend encore sous la plume de gens par ailleurs instruits, il est évident aujourd’hui que bien des conflits prennent racine dans l’instrumentalisation de la religion par la politique. Beaucoup se servent du nom de Dieu pour arriver à leurs fins, le plus souvent tout à fait terrestres, matérielles : pouvoir, gloire, richesse.

Mais cette évidence risque de cacher une autre vérité : la religion est bel et bien capable elle-même d’engendrer du politique, et du politique d’une mouture singulièrement belliqueuse. Ainsi, c’est aux tendances religieuses « politisantes » que s’intéresse le récent essai Les dieux criminels, d’Antoine Fleyfel (Cerf, 2017). L’auteur, spécialiste du christianisme oriental, n’accuse évidemment pas la religion dans son ensemble ni une religion en particulier. Mais il identifie et décortique des courants misant sur une interprétation littérale des livres sacrés pour alimenter des politiques nationales qui entravent les processus de paix, notamment au Moyen-Orient.

Fleyfel s’en tient aux trois courants les plus influents à l’heure actuelle : l’évangélisme sioniste, le sionisme religieux et le salafisme djihadiste. Bien informé et conscient de la complexité de chaque mouvance, il nous fait découvrir maintes organisations publiques qui, au nom d’une conviction religieuse élevée au niveau d’un absolu, engendrent une action politique soutenue et souvent efficace – malheureusement.

C’est le cas de l’évangélisme sioniste. Il est passionnant de constater que si, du côté catholique, un certain littéralisme a mené, historiquement, à l’antisémitisme (« les Juifs sont déicides, etc. »), un littéralisme encore plus poussé à mené certaines branches évangéliques à quasiment idolâtrer le « peuple élu ». Obsédés par certains passages de l’Ancien Testament, des évangéliques investissent une part congrue de leurs efforts « missionnaires » à faire en sorte qu’Israël recouvre tout le territoire de la « Terre promise » selon les limites fixées par la Bible. Pour certains groupes, le retour des Juifs en Terre sainte, puis leur conversion au christianisme, est la condition sine qua non du retour du Christ; pour d’autres, le temps de l’Église ne représente qu’une transition dans le plan de salut de Dieu, qui s’achèvera par la rédemption du peuple de la promesse éternelle. Mais peu importe leur interprétation, les uns et les autres font pression sur le gouvernement des États-Unis, au moins depuis Carter, afin que celui-ci appuie sans réserve Israël, au détriment des Palestiniens. Quiconque se souvient des difficultés d’Obama dans le dossier moyen-oriental ne doutera pas que le lobby chrétien pro-Israël est extrêmement puissant.

À ce sionisme s’ajoute celui de certains Juifs très religieux eux-mêmes. Le sionisme fut d’abord laïque, mais sous l’influence des rabbins Kook, le retour en Terre sainte fut jugé de plus en plus conforme au plan divin. Cette conviction culmina lors de la Guerre de Six jours, qui en a conforté plusieurs dans leur vision religieuse de la géopolitique; mais avec Nétanyahou au pouvoir et une influence grandissante dans l’armée, le sionisme religieux a encore de beaux jours devant lui, sous une forme ou une autre. Évidemment, la vitalité du sionisme religieux engendre des difficultés insurmontables pour la décolonisation de la Cisjordanie et la reconnaissance israélienne d’un État palestinien – et donc pour la paix.

Bref, un essai fouillé et très instructif sur quelques « coulisses du pouvoir » pressenties, mais mal connues dans le détail.

Jonathan Guilbaut

Carnets du parvi

27.10.2017

Antoine Fleyfel, “ Les dieux criminels et le miracle libanais”, France culture, 08.10.2017

« Le XXIe siècle sera religieux, ou ne sera pas ! » Cette prophétie attribuée à Malraux est sans conteste en cours de réalisation. Les fondamentalismes rejettent et détruisent. Quelle est la place des chrétiens orientaux et du Liban dans ce concert barbare ?

Rencontre à France Culture le 08.10.2017 dans le cadre de l’émission Foi et Tradition, présentée par Sébastien de Courtois.

En Orient, la situation des chrétiens varie énormément d’un pays à l’autre. Parler, comme on le fait souvent, des “chrétiens d’Orient” comme s’il s’agissait d’un seul groupe qui vit une réalité de vie unique n’a pas de sens. Par exemple, la situation des chrétiens d’Irak ne ressemble en rien à celle de ceux du Liban, et cela se peut dire de toutes les communautés vivant dans les différents pays du Proche-Orient. En s’appuyant sur ces postulats, il est possible de dire ce qui suit : il y a des communautés chrétiennes en Orient qui sont vraiment en danger, il s’agit principalement des chrétiens d’Irak qui vivent dans une situation sécuritaire très précaire, sans appui politique significatif les assurant sur leur avenir. La libération des zones occupées par l’organisation terroriste État islamique constitue probablement une éclaircie. Reste à savoir si celle-ci est suffisante pour porter des promesses d’avenir à une communauté épuisée par des violences qui durent depuis de longues années. Les chrétiens de Syrie vivent dans beaucoup d’endroits des situations de danger, mais leur condition est relativement stable dans l’essentiel de régions où ils vivent, c’est-à-dire à Damas, sur le littoral ou dans la Vallée des chrétiens. Quant à l’Égypte, ses chrétiens font face à des dangers ponctuels liés à des séries d’attentats revendiqués par des islamistes qui s’en prennent au pouvoir et à ses alliées, les chrétiens à leurs yeux. Cependant, ces actes de violence ne mettent pas en danger l’existence même des chrétiens d’Égypte, loin de là ! Pour ce qui est des chrétiens du Liban, de la Jordanie, de Palestine et d’Israël, malgré quelques malaises pouvant être éprouvés ça et là, l’on ne peut parler de danger.

Ils veulent vivre en paix dans leurs pays, avec leurs partenaires d’autres religions, dans le cadre de régimes laïcs contextuels. Ceux-ci sont les seuls garants d’une véritable citoyenneté, des droits de l’homme, de la liberté de conscience ou de l’égalité de tous. Ils veulent bâtir avec leurs concitoyens leurs patries et en faire des phares, notamment ceux de la culture, du vivre ensemble et de l’économie. Ils rêvent de pouvoir reprendre le chemin de l’évolution du monde arabe tel qu’il se présentait durant la première moitié du XXe siècle, plein d’espoir pour une avenir moderne.

Qui sont réellement les chrétiens d’Orient ? Hors série Pèlerin/La Croix, 10.2017.

Qui sont réellement les chrétiens d’Orient ?

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Pour mieux comprendre les éléments de leur identité, Antoine Fleyfel, professeur de théologie, de philosophie et de géopolitique des religions, réfute ou nuance quelques idées reçues.

« Ils sont arabes »
Plutôt vrai

« Chrétiens d’Orient » est une notion extrêmement floue et évolutive. Si l’on part du principe large qu’un chrétien d’Orient est celui qui appartient à un peuple très tôt évangélisé, alors les Éthiopiens, les Arméniens, les Grecs, certains Indiens, Iraniens… sont inclus dans la définition. Si l’on y ajoute les Russes - qui, après tout, vivent en Orient - on arrive à 200 millions de personnes. Néanmoins, de plus en plus, on réserve cette expression pour désigner les onze millions de chrétiens de culture arabe qui vivent au Proche-Orient.

« Ce sont des orthodoxes »

Pas tous

En premier lieu, il faut s’entendre sur le sens du terme « orthodoxe ». En Europe, on pense d’abord à l’Église grecque et l’Église russe qui ont en commun avec l’Église catholique d’avoir reconnu les décisions des sept premiers conciles. Elles ne se sont séparées qu’à partir de 1054, plutôt pour des raisons politiques.

Mais on qualifie aussi d’orthodoxes, d’autres Églises parmi les « Églises orientales ». Ce sont celles qui n’ont accepté que les premiers conciles. Ainsi s’est formée l’église assyrienne qui n’a entériné que les deux premiers conciles (dite jadis Église perse ou Église d’Orient, et qualifiée par ses ennemis de nestorienne). D’autres chrétiens n’ont accepté que les trois premiers conciles et ont formé l’Église copte en Égypte et en Éthiopie, l’Église arménienne et l’Église syriaque (dite par ses détracteurs jacobite) en Syrie. On appelle toutes ces Églises « orthodoxes » pour les distinguer de leurs « jumelles » catholiques orientales, créées à partir du XVIe siècle pour rejoindre la communion catholique en faisant sécession (lire page 72).

Enfin, cas particulier : l’Église maronite, qui se considère comme étant toujours restée du côté de Rome. Même si ses relations avec l’Église latine furent étroites et ont occasionné beaucoup de latinisation, elle a conservé ses rites propres et certains éléments de droit ecclésial qui font d’elle aussi, une église « orientale ». À noter que les catholiques orientaux sont majoritaires au Liban et en Irak (chaldéens).

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Tigrane Yégavian, Le fondamentalisme pour les nuls, Afrique Asie, 03.10.2017

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Recension paru dans le magazine Afrique Asie, le 3 octobre 2017

« Si la politique instrumentalise la religion, cette dernière le lui rend bien » affirme l’auteur en guise d’introduction. Fruit d’une recherche de deux ans effectuée sur trois fondamentalismes, cette enquête documentée nous donne de précieuses clés pour mieux saisir la trajectoire et l’ampleur actuelle de l’évangélisme sioniste, du sionisme religieux et du salafisme jihadiste.

Avec ce titre volontiers provocateur, Fleyfel nous renvoie à une exclusivité de conceptions de la transcendance excluant toutes les autres. Jeune philosophe et théologien franco-libanais rompu à l’exercice, l’auteur remet les pendules à l’heure, mettant l’accent sur une dimension reléguée au second plan, à savoir le fondement religieux, théologique et dogmatique de la violence au nom du sacré.

Mobilisant des connaissances historiques et théologiques, Fleyfel revient sur les grands récits millénaristes évangélistes et sionistes en les contextualisant, décryptant au passage la logique de ces systèmes doctrinaux et le contexte dans lequel ils évoluent. L’enquête nous conduit notamment dans les méandres de la machine infernale du Great Awakening et de la Bible Belt états-unienne de leurs innombrables nuances et de l’influence décisive jouée par les sionistes américains auprès des locataires successifs de la Maison Blanche. Avec le recul du chercheur, l’auteur révèle également l’inquiétant processus de radicalisation de la population juive israélienne, naguère à nette majorité laïque, aujourd’hui de plus en plus perméable au discours du Goush Emounim.

Au-delà de sa dimension factuelle ce que nous apprend l’étude est de voir comment le salafisme jihadiste et les deux sionismes (évangélisme sioniste et sionisme religieux) excluent toute exégèse critique des textes religieux sur lesquels ils s’appuient. D’où cette nécessaire mise en évidence du gouffre qui existe entre une lecture littérale du contenu religieux et toute autre critique. L’auteur note à juste titre que ces trois idéologies belliqueuses sont intimement liées à trois Etats : l’Arabie saoudite, les Etats-Unis, « terre bénie » par les pères fondateurs, et Israël. Trois terres sacralisées dans chacun de ces récits millénaristes. Sacralisation qui va de pair avec celle de l’histoire censée se dérouler sur un plan préétabli par Dieu… et l’auteur d’en appeler à tuer ces idoles pompiers pyromanes.

Tigrane Yégavian

Afrique Asie

03.10.2017

Les chrétiens d’Orient contribuent au dialogue des sociétés arabes, La Croix, 02.10.2017

Les chrétiens d’Orient contribuent au dialogue des sociétés arabes

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À l’occasion de l’exposition « Chrétiens d’Orient. Deux mille ans d’histoire » organisée par l’Institut du monde arabe, « La Croix » publie deux semaines d’enquête et d’analyse sur ces communautés. Le théologien et philosophe franco-libanais, Antoine Fleyfel, professeur à l’Université catholique de Lille et responsable des relations académiques à l’œuvre d’Orient, souligne leur importance pour la diversité du monde arabe et met en garde contre la tentation du repli.

La Croix : Qu’ont apporté les chrétiens au Moyen-Orient, y compris depuis qu’il est devenu arabe ?

Antoine Fleyfel : Répondre à cette question implique de remonter dans l’histoire de la région. Elle a été chrétienne – c’est au Moyen-Orient qu’est né et s’est d’abord répandu le christianisme – puis musulmane. Pour des raisons parfois idéologiques, on met en avant la grandeur de l’empire abbasside sur le plan des sciences (la médecine, l’astronomie) et des arts, mais en oubliant qu’il la doit aussi aux chrétiens syriaques, coptes, assyriens ou melkites qui vivaient là et que les califes ont eu l’intelligence de mettre à contribution : la fameuse Beit Al-Hikma (« Maison de la sagesse »), dans la Bagdad des Xe-XIe siècles, en témoigne.

Plus récemment, les chrétiens ont été les fers de lance du mouvement politique et culturel de la Nahda (« renaissance ») qui a traversé le monde arabe au XIXe siècle : ils lui ont apporté leurs réflexions sur les droits de l’homme, la citoyenneté ou la laïcité. Au siècle dernier, en Égypte, au Liban ou en Syrie, ils ont milité, aux côtés des musulmans, dans la lutte contre l’occupant turc au nom de cette « identité arabe » qu’ils ont inventée, et puis pour l’indépendance de leurs pays. Dans la création du royaume de Jordanie, dans la défense de la Palestine, on ne peut omettre non plus la participation des chrétiens.

Comment mesurer cet apport ?

A. F. : Il apparaît de plus en plus, dans cette longue histoire du Moyen-Orient, que les phases de grandeur étaient celles de l’ouverture à la diversité, quand le repli et le renfermement entraînaient au contraire l’appauvrissement civilisationnel. Quel héritage ont laissé les Mamelouks, dynastie qui a régné en Égypte et en Syrie du XIIIe au XVIe siècle et qui a beaucoup persécuté les chrétiens mais aussi d’autres minorités ? Bien peu de chose.

Le Moyen-Orient perdrait beaucoup si l’hémorragie de ses chrétiens devait se poursuivre : un monde arabe résumé à sa seule composante musulmane serait privé de cette richesse culturelle, sociale, politique, économique aussi, qu’il tire de sa diversité. Le départ des chrétiens accentuerait aussi les polarisations entre courants de l’islam…

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Emilie Formoso, Aux sources des chrétiens d’Orient, La Vie, 26.09.2017

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L’existence des chrétiens d’Orient s’est rappelée à beaucoup d’entre nous par les exactions de Daech contre les assyro-chaldéens, le calvaire des syriaques pris dans le conflit syrien et les attentats visant des églises coptes. Pourtant, que savons-nous vraiment de ces communautés, pour ne citer qu’elles ? Notre connaissance du christianisme oriental est – avouons-le – souvent insuffisante pour aborder toute la complexité des événements récents. La nouvelle exposition de l’Institut du monde arabe, Chrétiens d’Orient, ouvre à ce titre une parenthèse de réflexion salutaire. En offrant le recul de 2 000 ans d’histoire, son parcours chronologique cerne les subtilités d’une identité chrétienne en formation et souligne le rôle actif que ces communautés ont toujours joué dans les territoires où elles ont vécu. « Loin d’être les résidus caducs d’un passé révolu », souligne Elodie Bouffard, co-commissaire de l’exposition, « les chrétiens d’Orient sont les héritiers vivants d’une riche culture, dans le monde actuel qu’ils ont contribué à construire. »

Une riche culture qui naît avec le christianisme, dans les pas des apôtres. Exposées pour la première fois en Europe, les fresques de Doura-Europos, provenant du plus ancien lieu de culte chrétien connu (242), évoquent les voies de diffusion lointaines du nouveau culte. Quelques pas plus loin, le face à face avec le portrait d’un moine copte des VIe-VIIe siècles rappelle que le monachisme (la vie des moines en communautés) est né dans les sables d’Egypte. « Il s’agit d’une œuvre rare, car ces portraits représentaient surtout des saints », explique Élodie Bouffard. « Elle redonne un visage à ces hommes qui ont fait ce choix de vie, si particulier, de se replier vers le désert pour vivre leur foi. »

C’est dans ce creuset antique que les Eglises d’Orient forgent le visage de leur diversité actuelle. La tolérance accordée au christianisme en 313 par l’édit de Milan permet la constitution progressive d’une orthodoxie… vite contestée. L’effervescence théologique nourrit les querelles, concile après concile. En 431, celui d’Ephèse voit s’éloigner les nestoriens, fondateurs de l’Eglise assyrienne, qui refusent de reconnaître en Marie la mère de Dieu. Après celui de Chalcédoine, en 451, c’est au tour des « monophysites » coptes, syriaques et arméniens de prendre leur distance avec Constantinople, en rejetant la double nature humaine et divine du Christ.

Il faut cependant se méfier des dates, qui donnent à tort l’impression de ruptures rapides et violentes. Le temps long des sociétés n’est pas celui de la politique. La présentation exceptionnelle de l’Evangéliaire de Rabbula, l’un des plus anciens manuscrits chrétiens conservés, le rappelle. « Il s’agit d’un manuscrit syriaque du VIe siècle, rédigé par le moine syriaque Rabbula, et qui a été préservé et utilisé longtemps par les maronites, ces chrétiens syriaques restés fidèles au concile de Chalcédoine. Voici donc une œuvre au contenu dogmatique, qui dépasse les clivages théologiques par son histoire », explique Antoine Fleyfel, professeur de théologie et philosophie à l’Université catholique de Lille, et responsable des relations académiques à l’Œuvre d’Orient. Si les scissions furent réelles, « de nombreux échanges se maintinrent dans les faits entre les communautés, et des tentatives de conciliation œcuméniques ont toujours existé ».

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