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Les dieux criminels, L’Homme Nouveau, 03.2018

Paru dans L’Homme Nouveau, bimensuel catholique, mars 2018.

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Allant à l’encontre d’une idée répandue selon laquelle l’implication d’une religion dans les conflits résulte de son instrumentalisation par la politique, Antoine Fleyfel nous donne ici à « comprendre comment les doctrines religieuses elles-mêmes, soumises à des exégèses très précises, servent de fondement surnaturel et eschatologique à des mouvements monstrueux ». On ne peut qu’approuver cette démarche qui contribue à éclairer l’intelligence de situations trop souvent difficiles à saisir par les esprits occidentaux façonnés par le rationalisme. L’origine libanaise de l’auteur, qui enseignement à l’université catholique de Lille, l’a sans doute préparé à cet exercice bien utile.

Évangélisme sioniste, sionisme religieux et salafisme djihadiste : ces trois idéologies religieuses se retrouvent au Proche-Orient en position offensive. Émanation du protestantisme anglo-saxon, le premier mouvement (40 millions de fidèles) considère l’avènement d’Israël comme relevant directement des prophéties bibliques et donc lié à l’histoire du salut ; pour ses adeptes, Jérusalem doit être reconnue capitale indivisible de l’État hébreu. Dérivé du sionisme laïque originel, le second a été récupéré par des juifs orthodoxes fondateurs du Goush Emounom (Bloc de la foi), fer de lance de la colonisation et opposé à tout compromis avec les Palestiniens. Enfin, le troisième s’enracine dans une conception radicale de l’islam dont Al-Qaïda et Daech sont les expressions les plus récentes. Il va de soi qu’aucune paix n’est envisageable à partir de tels programmes. Antoine Fleyfel prend soin toutefois de mettre en évidence les opposants chrétiens, juifs et musulmans à ces idéologies mortifères. Celles-ci épargnent le catholicisme, réalité qui doit être prise en compte dans toute évangélisation honnête des enjeux politico-religieux du monde actuel.

L’Homme Nouveau

Annie Laurent

Mars 2018

Antoine Fleyfel: “Les chrétiens d’Orient ne vont pas disparaître”, cath.ch, 27.03.2018

Malgré les difficultés majeures et les défis auxquels ils sont confrontés, les chrétiens d’Orient ont encore un avenir et ne vont pas disparaître. Telle est la conviction du théologien et philosophe franco-libanais Antoine Fleyfel. Dans les sociétés arabes, profondément perturbées par l’islamisme radical, les chrétiens ont un rôle essentiel à jouer pour le dialogue et pour la paix.

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Auteur d’une Géopolitique des chrétiens d’Orient parue en 2013, Antoine Fleyfel a dressé à l’Université de Fribourg le tableau complexe de la situation des chrétiens dans les divers pays du Proche-Orient arabe. A la dénomination très large de chrétiens d’Orient, il préfère celle plus précise de chrétiens arabes présents dans six pays: Liban, Syrie, Irak, Jordanie, Israël-Palestine et Égypte. Au-delà de leurs diversités évidentes, ces chrétiens partagent trois traits communs: la culture et la langue arabe, la cohabitation avec l’islam et la cause palestinienne.  “Nous sommes des chrétiens de culture musulmane”, ose le professeur de l’Institut catholique de Lille, invité par l’Œuvre d’Orient.

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Le fondamentalisme appelle le fondamentalisme, Al-Mustaqbal, 15.03.2018

Le fondamentalisme appelle le fondamentalisme, et la prochaine guerre sera une guerre d’idées, Al-Mustaqbal, 15.03.2018

أنطوان فليفل: الأصولية تنادي الأصولية.. والحرب المُقبلة فكرية

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اختار البروفيسور في جامعة ليل الكاثوليكية أنطوان فليفل أن يكون الصوت القوي في الغرب عن الشرق، بحضاراته وفكره وتعدد دياناته وخصوصياته، منحازاً للغة العربية التي يدرسها للمغتربين من خلال مدرسة أسسها للغاية. ناقد آثر أن يكون أكاديمياً جامعياً بدلاً من سلوك الدرب الأكليريكي. منتقداً حيث يجدر الانتقاد، ومصوباً حيث تطغى الأسطورة على الفكر والوقائع. مؤمناً بأن كل مسيحي هو ابن بيئته أولاً، وبأن الآخر المختلف إنما يكمل ولا يلغي. مفكراً صدرت له سبعة مؤلفات وأكثر من مئة مقالة في الفلسفة واللاهوت وجيوسياسة الأديان. مديراً لمعهد اللاهوت التطبيقي في جامعة ليل الكاثوليكية، وأستاذاً زائراً في معهد بيرناردان «Collège des Bernardins» وفي جامعة القديس يوسف في بيروت، ومسؤولاً عن الملف الأكاديمي في جمعية أعمال الشرق (Œuvre d’Orient) التي تُعنى بمساعدة مسيحيي الشرق منذ تأسست في العام 1856.

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Antoine Fleyfel, Les dieux criminels, 06.03.2018, Télé Liban

 

 

Antoine Fleyfel, Trois façons de criminaliser la religion, 12.02.2018, RCF

Interviewé par Béatrice Soltner, le 12.02.2018, RCF

Antoine Fleyfel, Les dieux criminels, RFI, 28.01.2018

Interviewé par Geneviève Delrue, le 28.01.2018. RFI

Antoine Fleyfel, Enquête au coeur des fondamentalismes, Radio Méditerranée, 22.12.2017

Interviewé par Mounia Belarbi le 21.12.2017.
Radio Méditerranée

 

Antoine Fleyfel, La barbarie des fondamentalismes, TV5, 01.11.2017

 

Passage sur TV5 Monde pour parler de la parution du nouvel ouvrage, Les dieux criminels, Cerf, Paris, 2017.

01.11.2017

Tigrane Yegavian, L’évangélisme sioniste, La Nef, n. 297, 11.2017

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Si le conflit israélo-palestinien est l’otage d’une pléiade de facteurs alliant histoire et géopolitique, d’autres pressions d’ordre socioéconomique et idéologique exercent une influence déterminante. C’est notamment le cas du puissant lobby sioniste chrétien aux États-Unis. S’ils puisent leur discours dans une théologie à fortes implications politiques, les sionistes chrétiens ne se reconnaissent pas dans un seul courant évangélique (pentecôtiste ou charismatique etc.) et garantissent un soutien quasi inconditionnel et des plus efficaces à l’Etat hébreu de la part de Washington.  

“Regarder Israël c’est voir le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob tenir ses promesses” (…) “Comme vous-tous, ma passion pour Israël vient de ma foi chrétienne. Les chants de la terre et du peuple d’Israël étaient les hymnes de ma jeunesse. Comme nous le faisons pour nous et les nôtres, nous prions pour la paix de Jérusalem et de tous ceux qu’elle appelle chez elle. C’est vraiment le plus grand privilège de ma vie que de servir comme vice-président un président qui s’intéresse si profondément à notre allié le plus chéri “. L’auteur de ce discours prononcé en juillet 2017 lors de la réunion annuelle de l’organisation Christian United for Israel,le plus important réseau de chrétiens en faveur d’Israël, n’est autre que Mike Pence, le vice-président américain. Ce fils d’Irlandais catholiques, converti à l’évangélisme et adepte du Born Again, ne peut être plus explicite.

 

Précipiter le retour du Christ sur terre

Baptistes, Pentecôtistes, Méthodistes, Presbytériens, Adventistes etc… autant d’églises évangéliques qui essaiment dans le Nouveau Monde. Massivement concentrés dans la Bible Belt, ces adeptes d’une lecture littérale du texte sacré sont fascinés par les prédictions apocalyptiques. Ils se perçoivent comme les derniers témoins de Dieu dans une humanité en perdition. À la marge de cette galaxie dévote, évolue depuis le XIXe siècle un mouvement religieux qui a progressivement gagné en ampleur : le sionisme évangélique. Ce courant hétéroclite compterait aux Etats-Unis plus de 100 000 pasteurs pour 40 millions d’adeptes (sur les 70 millions d’évangéliques américains). Les chrétiens sionistes considèrent comme un commandement divin d’aimer et de soutenir Israël et le peuple juif, élu par Dieu. Cette attachement est du reste raffermi par le mimétisme fort qui lie le messianisme américain des pères fondateurs à l’histoire du peuple hébreu. Bénéficiant de la bienveillance des Néoconservateurs, leur influence peut s’avérer parfois déterminant sur le terrain diplomatique.

Selon le philosophe et théologien Antoine Fleyfel, auteur d’un essai consacré aux fondamentalismes évangélique, sioniste et salafiste (voir encadré), le terme évangélique sioniste désigne un mouvement évangélique qui voit dans la création de l’Etat d’Israël une réalisation des prophéties bibliques préparant le retour du Christ en gloire (Christ Pantocrator) qui viendra juger les vivants et les morts. Croyant la fin du monde imminente, les évangéliques l’attendent avec impatience. Mais pour ce faire, encore faut-il que le « peuple élu » retourne à la « Terre promise », où il est censé embrasser la foi chrétienne.

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Jonathan Guilbaut, Les dieux criminels, Carnets du parvi, 27.10.2017

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À moins d’être d’une mauvaise foi crasse et de rapporter aux religions tous les maux de l’humanité – une thèse que l’on surprend encore sous la plume de gens par ailleurs instruits, il est évident aujourd’hui que bien des conflits prennent racine dans l’instrumentalisation de la religion par la politique. Beaucoup se servent du nom de Dieu pour arriver à leurs fins, le plus souvent tout à fait terrestres, matérielles : pouvoir, gloire, richesse.

Mais cette évidence risque de cacher une autre vérité : la religion est bel et bien capable elle-même d’engendrer du politique, et du politique d’une mouture singulièrement belliqueuse. Ainsi, c’est aux tendances religieuses « politisantes » que s’intéresse le récent essai Les dieux criminels, d’Antoine Fleyfel (Cerf, 2017). L’auteur, spécialiste du christianisme oriental, n’accuse évidemment pas la religion dans son ensemble ni une religion en particulier. Mais il identifie et décortique des courants misant sur une interprétation littérale des livres sacrés pour alimenter des politiques nationales qui entravent les processus de paix, notamment au Moyen-Orient.

Fleyfel s’en tient aux trois courants les plus influents à l’heure actuelle : l’évangélisme sioniste, le sionisme religieux et le salafisme djihadiste. Bien informé et conscient de la complexité de chaque mouvance, il nous fait découvrir maintes organisations publiques qui, au nom d’une conviction religieuse élevée au niveau d’un absolu, engendrent une action politique soutenue et souvent efficace – malheureusement.

C’est le cas de l’évangélisme sioniste. Il est passionnant de constater que si, du côté catholique, un certain littéralisme a mené, historiquement, à l’antisémitisme (« les Juifs sont déicides, etc. »), un littéralisme encore plus poussé à mené certaines branches évangéliques à quasiment idolâtrer le « peuple élu ». Obsédés par certains passages de l’Ancien Testament, des évangéliques investissent une part congrue de leurs efforts « missionnaires » à faire en sorte qu’Israël recouvre tout le territoire de la « Terre promise » selon les limites fixées par la Bible. Pour certains groupes, le retour des Juifs en Terre sainte, puis leur conversion au christianisme, est la condition sine qua non du retour du Christ; pour d’autres, le temps de l’Église ne représente qu’une transition dans le plan de salut de Dieu, qui s’achèvera par la rédemption du peuple de la promesse éternelle. Mais peu importe leur interprétation, les uns et les autres font pression sur le gouvernement des États-Unis, au moins depuis Carter, afin que celui-ci appuie sans réserve Israël, au détriment des Palestiniens. Quiconque se souvient des difficultés d’Obama dans le dossier moyen-oriental ne doutera pas que le lobby chrétien pro-Israël est extrêmement puissant.

À ce sionisme s’ajoute celui de certains Juifs très religieux eux-mêmes. Le sionisme fut d’abord laïque, mais sous l’influence des rabbins Kook, le retour en Terre sainte fut jugé de plus en plus conforme au plan divin. Cette conviction culmina lors de la Guerre de Six jours, qui en a conforté plusieurs dans leur vision religieuse de la géopolitique; mais avec Nétanyahou au pouvoir et une influence grandissante dans l’armée, le sionisme religieux a encore de beaux jours devant lui, sous une forme ou une autre. Évidemment, la vitalité du sionisme religieux engendre des difficultés insurmontables pour la décolonisation de la Cisjordanie et la reconnaissance israélienne d’un État palestinien – et donc pour la paix.

Bref, un essai fouillé et très instructif sur quelques « coulisses du pouvoir » pressenties, mais mal connues dans le détail.

Jonathan Guilbaut

Carnets du parvi

27.10.2017