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Les dieux criminels, Cerf, Paris, 2017

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Présentation de l’éditeur

La barbarie des fondamentalismes rejette, détruit et extermine. À la fois dégénérescentes sur le plan culturel, perverses sur le plan théologique, terrifiantes sur le plan politique, les nouvelles idéologies religieuses recrutent toujours plus de membres.

C’est en historien et enquêteur qu’Antoine Fleyfel cherche à comprendre la logique de ces systèmes doctrinaux, dans quels contextes ils ont vu le jour, leur déploiement dans l’histoire jusqu’en ce début de XXIe siècle. Il nous mène tout droit au cœur de la grande machinerie infernale du Great Awakening de la Bible Belt, aux États-Unis ; du Goush Émounim et ses rejetons, en Israël ; du mouvement salafiste et wahhabite des origines jusqu’aux organisations terroristes Al-Qaïda et État islamique.

Un panorama religieux, politique et idéologique qui instruit le procès des dieux criminels.

Extraits sur Google Books

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Tigrane Yegavian, L’évangélisme sioniste, La Nef, n. 297, 11.2017

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Si le conflit israélo-palestinien est l’otage d’une pléiade de facteurs alliant histoire et géopolitique, d’autres pressions d’ordre socioéconomique et idéologique exercent une influence déterminante. C’est notamment le cas du puissant lobby sioniste chrétien aux États-Unis. S’ils puisent leur discours dans une théologie à fortes implications politiques, les sionistes chrétiens ne se reconnaissent pas dans un seul courant évangélique (pentecôtiste ou charismatique etc.) et garantissent un soutien quasi inconditionnel et des plus efficaces à l’Etat hébreu de la part de Washington.  

“Regarder Israël c’est voir le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob tenir ses promesses” (…) “Comme vous-tous, ma passion pour Israël vient de ma foi chrétienne. Les chants de la terre et du peuple d’Israël étaient les hymnes de ma jeunesse. Comme nous le faisons pour nous et les nôtres, nous prions pour la paix de Jérusalem et de tous ceux qu’elle appelle chez elle. C’est vraiment le plus grand privilège de ma vie que de servir comme vice-président un président qui s’intéresse si profondément à notre allié le plus chéri “. L’auteur de ce discours prononcé en juillet 2017 lors de la réunion annuelle de l’organisation Christian United for Israel,le plus important réseau de chrétiens en faveur d’Israël, n’est autre que Mike Pence, le vice-président américain. Ce fils d’Irlandais catholiques, converti à l’évangélisme et adepte du Born Again, ne peut être plus explicite.

 

Précipiter le retour du Christ sur terre

Baptistes, Pentecôtistes, Méthodistes, Presbytériens, Adventistes etc… autant d’églises évangéliques qui essaiment dans le Nouveau Monde. Massivement concentrés dans la Bible Belt, ces adeptes d’une lecture littérale du texte sacré sont fascinés par les prédictions apocalyptiques. Ils se perçoivent comme les derniers témoins de Dieu dans une humanité en perdition. À la marge de cette galaxie dévote, évolue depuis le XIXe siècle un mouvement religieux qui a progressivement gagné en ampleur : le sionisme évangélique. Ce courant hétéroclite compterait aux Etats-Unis plus de 100 000 pasteurs pour 40 millions d’adeptes (sur les 70 millions d’évangéliques américains). Les chrétiens sionistes considèrent comme un commandement divin d’aimer et de soutenir Israël et le peuple juif, élu par Dieu. Cette attachement est du reste raffermi par le mimétisme fort qui lie le messianisme américain des pères fondateurs à l’histoire du peuple hébreu. Bénéficiant de la bienveillance des Néoconservateurs, leur influence peut s’avérer parfois déterminant sur le terrain diplomatique.

Selon le philosophe et théologien Antoine Fleyfel, auteur d’un essai consacré aux fondamentalismes évangélique, sioniste et salafiste (voir encadré), le terme évangélique sioniste désigne un mouvement évangélique qui voit dans la création de l’Etat d’Israël une réalisation des prophéties bibliques préparant le retour du Christ en gloire (Christ Pantocrator) qui viendra juger les vivants et les morts. Croyant la fin du monde imminente, les évangéliques l’attendent avec impatience. Mais pour ce faire, encore faut-il que le « peuple élu » retourne à la « Terre promise », où il est censé embrasser la foi chrétienne.

Continue reading Tigrane Yegavian, L’évangélisme sioniste, La Nef, n. 297, 11.2017

Jonathan Guilbaut, Les dieux criminels, Carnets du parvi, 27.10.2017

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À moins d’être d’une mauvaise foi crasse et de rapporter aux religions tous les maux de l’humanité – une thèse que l’on surprend encore sous la plume de gens par ailleurs instruits, il est évident aujourd’hui que bien des conflits prennent racine dans l’instrumentalisation de la religion par la politique. Beaucoup se servent du nom de Dieu pour arriver à leurs fins, le plus souvent tout à fait terrestres, matérielles : pouvoir, gloire, richesse.

Mais cette évidence risque de cacher une autre vérité : la religion est bel et bien capable elle-même d’engendrer du politique, et du politique d’une mouture singulièrement belliqueuse. Ainsi, c’est aux tendances religieuses « politisantes » que s’intéresse le récent essai Les dieux criminels, d’Antoine Fleyfel (Cerf, 2017). L’auteur, spécialiste du christianisme oriental, n’accuse évidemment pas la religion dans son ensemble ni une religion en particulier. Mais il identifie et décortique des courants misant sur une interprétation littérale des livres sacrés pour alimenter des politiques nationales qui entravent les processus de paix, notamment au Moyen-Orient.

Fleyfel s’en tient aux trois courants les plus influents à l’heure actuelle : l’évangélisme sioniste, le sionisme religieux et le salafisme djihadiste. Bien informé et conscient de la complexité de chaque mouvance, il nous fait découvrir maintes organisations publiques qui, au nom d’une conviction religieuse élevée au niveau d’un absolu, engendrent une action politique soutenue et souvent efficace – malheureusement.

C’est le cas de l’évangélisme sioniste. Il est passionnant de constater que si, du côté catholique, un certain littéralisme a mené, historiquement, à l’antisémitisme (« les Juifs sont déicides, etc. »), un littéralisme encore plus poussé à mené certaines branches évangéliques à quasiment idolâtrer le « peuple élu ». Obsédés par certains passages de l’Ancien Testament, des évangéliques investissent une part congrue de leurs efforts « missionnaires » à faire en sorte qu’Israël recouvre tout le territoire de la « Terre promise » selon les limites fixées par la Bible. Pour certains groupes, le retour des Juifs en Terre sainte, puis leur conversion au christianisme, est la condition sine qua non du retour du Christ; pour d’autres, le temps de l’Église ne représente qu’une transition dans le plan de salut de Dieu, qui s’achèvera par la rédemption du peuple de la promesse éternelle. Mais peu importe leur interprétation, les uns et les autres font pression sur le gouvernement des États-Unis, au moins depuis Carter, afin que celui-ci appuie sans réserve Israël, au détriment des Palestiniens. Quiconque se souvient des difficultés d’Obama dans le dossier moyen-oriental ne doutera pas que le lobby chrétien pro-Israël est extrêmement puissant.

À ce sionisme s’ajoute celui de certains Juifs très religieux eux-mêmes. Le sionisme fut d’abord laïque, mais sous l’influence des rabbins Kook, le retour en Terre sainte fut jugé de plus en plus conforme au plan divin. Cette conviction culmina lors de la Guerre de Six jours, qui en a conforté plusieurs dans leur vision religieuse de la géopolitique; mais avec Nétanyahou au pouvoir et une influence grandissante dans l’armée, le sionisme religieux a encore de beaux jours devant lui, sous une forme ou une autre. Évidemment, la vitalité du sionisme religieux engendre des difficultés insurmontables pour la décolonisation de la Cisjordanie et la reconnaissance israélienne d’un État palestinien – et donc pour la paix.

Bref, un essai fouillé et très instructif sur quelques « coulisses du pouvoir » pressenties, mais mal connues dans le détail.

Jonathan Guilbaut

Carnets du parvi

27.10.2017

Antoine Fleyfel, “ Les dieux criminels et le miracle libanais”, France culture, 08.10.2017

« Le XXIe siècle sera religieux, ou ne sera pas ! » Cette prophétie attribuée à Malraux est sans conteste en cours de réalisation. Les fondamentalismes rejettent et détruisent. Quelle est la place des chrétiens orientaux et du Liban dans ce concert barbare ?

Rencontre à France Culture le 08.10.2017 dans le cadre de l’émission Foi et Tradition, présentée par Sébastien de Courtois.

En Orient, la situation des chrétiens varie énormément d’un pays à l’autre. Parler, comme on le fait souvent, des “chrétiens d’Orient” comme s’il s’agissait d’un seul groupe qui vit une réalité de vie unique n’a pas de sens. Par exemple, la situation des chrétiens d’Irak ne ressemble en rien à celle de ceux du Liban, et cela se peut dire de toutes les communautés vivant dans les différents pays du Proche-Orient. En s’appuyant sur ces postulats, il est possible de dire ce qui suit : il y a des communautés chrétiennes en Orient qui sont vraiment en danger, il s’agit principalement des chrétiens d’Irak qui vivent dans une situation sécuritaire très précaire, sans appui politique significatif les assurant sur leur avenir. La libération des zones occupées par l’organisation terroriste État islamique constitue probablement une éclaircie. Reste à savoir si celle-ci est suffisante pour porter des promesses d’avenir à une communauté épuisée par des violences qui durent depuis de longues années. Les chrétiens de Syrie vivent dans beaucoup d’endroits des situations de danger, mais leur condition est relativement stable dans l’essentiel de régions où ils vivent, c’est-à-dire à Damas, sur le littoral ou dans la Vallée des chrétiens. Quant à l’Égypte, ses chrétiens font face à des dangers ponctuels liés à des séries d’attentats revendiqués par des islamistes qui s’en prennent au pouvoir et à ses alliées, les chrétiens à leurs yeux. Cependant, ces actes de violence ne mettent pas en danger l’existence même des chrétiens d’Égypte, loin de là ! Pour ce qui est des chrétiens du Liban, de la Jordanie, de Palestine et d’Israël, malgré quelques malaises pouvant être éprouvés ça et là, l’on ne peut parler de danger.

Ils veulent vivre en paix dans leurs pays, avec leurs partenaires d’autres religions, dans le cadre de régimes laïcs contextuels. Ceux-ci sont les seuls garants d’une véritable citoyenneté, des droits de l’homme, de la liberté de conscience ou de l’égalité de tous. Ils veulent bâtir avec leurs concitoyens leurs patries et en faire des phares, notamment ceux de la culture, du vivre ensemble et de l’économie. Ils rêvent de pouvoir reprendre le chemin de l’évolution du monde arabe tel qu’il se présentait durant la première moitié du XXe siècle, plein d’espoir pour une avenir moderne.

Qui sont réellement les chrétiens d’Orient ? Hors série Pèlerin/La Croix, 10.2017.

Qui sont réellement les chrétiens d’Orient ?

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Pour mieux comprendre les éléments de leur identité, Antoine Fleyfel, professeur de théologie, de philosophie et de géopolitique des religions, réfute ou nuance quelques idées reçues.

« Ils sont arabes »
Plutôt vrai

« Chrétiens d’Orient » est une notion extrêmement floue et évolutive. Si l’on part du principe large qu’un chrétien d’Orient est celui qui appartient à un peuple très tôt évangélisé, alors les Éthiopiens, les Arméniens, les Grecs, certains Indiens, Iraniens… sont inclus dans la définition. Si l’on y ajoute les Russes - qui, après tout, vivent en Orient - on arrive à 200 millions de personnes. Néanmoins, de plus en plus, on réserve cette expression pour désigner les onze millions de chrétiens de culture arabe qui vivent au Proche-Orient.

« Ce sont des orthodoxes »

Pas tous

En premier lieu, il faut s’entendre sur le sens du terme « orthodoxe ». En Europe, on pense d’abord à l’Église grecque et l’Église russe qui ont en commun avec l’Église catholique d’avoir reconnu les décisions des sept premiers conciles. Elles ne se sont séparées qu’à partir de 1054, plutôt pour des raisons politiques.

Mais on qualifie aussi d’orthodoxes, d’autres Églises parmi les « Églises orientales ». Ce sont celles qui n’ont accepté que les premiers conciles. Ainsi s’est formée l’église assyrienne qui n’a entériné que les deux premiers conciles (dite jadis Église perse ou Église d’Orient, et qualifiée par ses ennemis de nestorienne). D’autres chrétiens n’ont accepté que les trois premiers conciles et ont formé l’Église copte en Égypte et en Éthiopie, l’Église arménienne et l’Église syriaque (dite par ses détracteurs jacobite) en Syrie. On appelle toutes ces Églises « orthodoxes » pour les distinguer de leurs « jumelles » catholiques orientales, créées à partir du XVIe siècle pour rejoindre la communion catholique en faisant sécession (lire page 72).

Enfin, cas particulier : l’Église maronite, qui se considère comme étant toujours restée du côté de Rome. Même si ses relations avec l’Église latine furent étroites et ont occasionné beaucoup de latinisation, elle a conservé ses rites propres et certains éléments de droit ecclésial qui font d’elle aussi, une église « orientale ». À noter que les catholiques orientaux sont majoritaires au Liban et en Irak (chaldéens).

« Ils sont les garants de la tradition chrétienne »

Oui et… non

Orthodoxes ou catholiques, les chrétiens d’Orient sont en effet les héritiers de la première évangélisation qui s’est produite, à partir des Apôtres, entre les Ier et IVe siècles. Ils véhiculent donc des traditions fort anciennes.

Cependant, depuis le premier concile, à Nicée, en 325, où les Pères ont commencé à définir la foi chrétienne, les chrétiens d’Orient - comme ceux d’Occident - ne sont pas restés figés dans un passé immuable : les événements politiques et les scissions nées des grands débats dogmatiques ont influencé de façons très diverses leur héritage et leurs traditions.

Ainsi, en matière de liturgie et de droit ecclésial, l’influence du patriarcat de Constantinople, à la tête de l’église grecque orthodoxe, a été plus déterminante que d’autres. De même, à partir du XVIIe siècle, dans chaque église orientale, une branche s’est convertie au catholicisme et a donc latinisé sa liturgie. Son droit est devenu essentiellement romain. Impossible, au regard de l’histoire, de dire quelle tradition est plus authentique qu’une autre…

« Ils ne s’entendent pas entre eux »

Ça s’arrange

Les différends dogmatiques qui ont abouti à la création de ces églises ne sont plus aussi forts qu’au Ve siècle. Par exemple, depuis 1976, les assyriens ont renoncé à faire des références au nestorianisme (une personne humaine et une divine cohabitent dans le Christ), une pomme de discorde avec le reste des Églises, surtout la copte. Tout au long du XXe siècle, les événements politiques souvent dramatiques qui se sont succédé, en commençant par le génocide arménien et les massacres de chrétiens turcs entre 1915 et 1923, ont fait prendre conscience aux chrétiens d’Orient de leur communauté de destin. De ce fait, leurs querelles théologiques s’estompent au profit de la nécessité d’affronter l’avenir ensemble.

« Ils parlent la langue du Christ »

Inexact

La langue du Christ, au Ier siècle de notre ère, était l’araméen galiléen qui a totalement disparu au IIIe siècle. En revanche, des langues cousines, le syriaque oriental et le syriaque occidental, se sont maintenues jusqu’à nos jours, surtout comme langues liturgiques, en version écrite. La première est encore utilisée par les assyriens et les chaldéens, ces chrétiens d’Irak. La seconde, par les maronites, au Liban, et par les syriaques, qu’ils soient orthodoxes ou catholiques, en Syrie et ailleurs. Mais seuls quelques centaines de milliers de chrétiens parlent encore l’un des dialectes syriaques, le soureth, et même ceux-là sont aussi arabisants.

« Ils ont plein de patriarches »
Vrai

Il y en a quatorze aujourd’hui ! Dans les quatre premiers siècles, cinq sièges épiscopaux se sont affirmés comme majeurs. Antioche, en Syrie (aujourd’hui, en Turquie) parce qu’elle a vu naître les toutes premières communautés chrétiennes. Les deux capitales impériales : Constantinople (l’ancienne Byzance) et Rome. Alexandrie, capitale de l’Égypte, parce qu’elle était alors la grande cité intellectuelle. Enfin, Jérusalem, ville de la Passion du Christ. Leurs cinq « super évêques » ont été appelés patriarches.

Au troisième concile, en 431, à Éphèse (Turquie), le patriarche de Constantinople, Nestorius, refuse d’adhérer à la position majoritaire qui proclame Marie « Mère de Dieu » en raison de la nature, à la fois humaine et divine de Jésus-Christ. À sa suite, plusieurs églises se séparent. Le même phénomène se reproduit au concile de Calcédoine, en 451, où les Églises copte et syriaque se séparent à leur tour de Constantinople - parce qu’elles croient que la nature divine de Jésus-Christ a absorbé sa nature humaine -, sans entraîner la totalité des fidèles.

Si bien qu’aujourd’hui, outre le patriarche de Constantinople (qui réside toujours à Istanbul), on trouve à Alexandrie, trois patriarches. Le grec orthodoxe (héritier de l’église de Constantinople ayant accepté les sept premiers conciles) cohabite avec le copte et le copte catholique dont l’église est née d’une mission romaine du XIXe siècle. Tandis qu’à Antioche aussi, cohabitent cinq patriarches : le syriaque orthodoxe, le syriaque catholique, le grec orthodoxe, le grec catholique et le patriarche maronite. À Jérusalem, le patriarche des grecs orthodoxes voisine avec le patriarche de l’Église arménienne et celui de l’église latine de Jérusalem créée en 1099 par les croisés. Enfin, il faut mentionner deux autres patriarches (catholicos) arméniens orthodoxes, celui de Cilicie qui réside au Liban et celui de Constantinople.

« Ils sont en voie de disparition »

C’est un cliché !

Il est très exagéré de parler de disparition globale.

En Irak, certes, la situation d’insécurité risque d’empêcher longtemps encore un retour massif des chrétiens qui, sur une communauté de 1,2 million avant la guerre, ne sont plus que 300 000 en 2017. En Syrie, il est vrai que la moitié des chrétiens sont partis. Mais une bonne partie est réfugiée dans les pays voisins avec l’idée de rentrer dès que la guerre civile prendra fin.

Mais, ni en Égypte, où ils sont 7 millions (8 % de la population), ni au Liban, où avec 1,5 million, ils représentent 40 % de la population, les chrétiens ne sont menacés de disparaître. Pas davantage qu’en Palestine, en Israël ou en Jordanie.

Si l’on regarde à plus long terme, il faut se rappeler que le boom démographique du monde arabe, depuis les années 1950 au moins, a fait grossir « naturellement » leurs rangs : il y a bien plus de chrétiens d’Orient aujourd’hui, en valeur absolue, que dans les années 1920.

 

Propos recueillis par Sophie Laurant

Pèlerin / La Croix

10.2017

Tigrane Yégavian, Le fondamentalisme pour les nuls, Afrique Asie, 03.10.2017

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Recension paru dans le magazine Afrique Asie, le 3 octobre 2017

« Si la politique instrumentalise la religion, cette dernière le lui rend bien » affirme l’auteur en guise d’introduction. Fruit d’une recherche de deux ans effectuée sur trois fondamentalismes, cette enquête documentée nous donne de précieuses clés pour mieux saisir la trajectoire et l’ampleur actuelle de l’évangélisme sioniste, du sionisme religieux et du salafisme jihadiste.

Avec ce titre volontiers provocateur, Fleyfel nous renvoie à une exclusivité de conceptions de la transcendance excluant toutes les autres. Jeune philosophe et théologien franco-libanais rompu à l’exercice, l’auteur remet les pendules à l’heure, mettant l’accent sur une dimension reléguée au second plan, à savoir le fondement religieux, théologique et dogmatique de la violence au nom du sacré.

Mobilisant des connaissances historiques et théologiques, Fleyfel revient sur les grands récits millénaristes évangélistes et sionistes en les contextualisant, décryptant au passage la logique de ces systèmes doctrinaux et le contexte dans lequel ils évoluent. L’enquête nous conduit notamment dans les méandres de la machine infernale du Great Awakening et de la Bible Belt états-unienne de leurs innombrables nuances et de l’influence décisive jouée par les sionistes américains auprès des locataires successifs de la Maison Blanche. Avec le recul du chercheur, l’auteur révèle également l’inquiétant processus de radicalisation de la population juive israélienne, naguère à nette majorité laïque, aujourd’hui de plus en plus perméable au discours du Goush Emounim.

Au-delà de sa dimension factuelle ce que nous apprend l’étude est de voir comment le salafisme jihadiste et les deux sionismes (évangélisme sioniste et sionisme religieux) excluent toute exégèse critique des textes religieux sur lesquels ils s’appuient. D’où cette nécessaire mise en évidence du gouffre qui existe entre une lecture littérale du contenu religieux et toute autre critique. L’auteur note à juste titre que ces trois idéologies belliqueuses sont intimement liées à trois Etats : l’Arabie saoudite, les Etats-Unis, « terre bénie » par les pères fondateurs, et Israël. Trois terres sacralisées dans chacun de ces récits millénaristes. Sacralisation qui va de pair avec celle de l’histoire censée se dérouler sur un plan préétabli par Dieu… et l’auteur d’en appeler à tuer ces idoles pompiers pyromanes.

Tigrane Yégavian

Afrique Asie

03.10.2017

Les chrétiens d’Orient contribuent au dialogue des sociétés arabes, La Croix, 02.10.2017

Les chrétiens d’Orient contribuent au dialogue des sociétés arabes

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À l’occasion de l’exposition « Chrétiens d’Orient. Deux mille ans d’histoire » organisée par l’Institut du monde arabe, « La Croix » publie deux semaines d’enquête et d’analyse sur ces communautés. Le théologien et philosophe franco-libanais, Antoine Fleyfel, professeur à l’Université catholique de Lille et responsable des relations académiques à l’œuvre d’Orient, souligne leur importance pour la diversité du monde arabe et met en garde contre la tentation du repli.

La Croix : Qu’ont apporté les chrétiens au Moyen-Orient, y compris depuis qu’il est devenu arabe ?

Antoine Fleyfel : Répondre à cette question implique de remonter dans l’histoire de la région. Elle a été chrétienne – c’est au Moyen-Orient qu’est né et s’est d’abord répandu le christianisme – puis musulmane. Pour des raisons parfois idéologiques, on met en avant la grandeur de l’empire abbasside sur le plan des sciences (la médecine, l’astronomie) et des arts, mais en oubliant qu’il la doit aussi aux chrétiens syriaques, coptes, assyriens ou melkites qui vivaient là et que les califes ont eu l’intelligence de mettre à contribution : la fameuse Beit Al-Hikma (« Maison de la sagesse »), dans la Bagdad des Xe-XIe siècles, en témoigne.

Plus récemment, les chrétiens ont été les fers de lance du mouvement politique et culturel de la Nahda (« renaissance ») qui a traversé le monde arabe au XIXe siècle : ils lui ont apporté leurs réflexions sur les droits de l’homme, la citoyenneté ou la laïcité. Au siècle dernier, en Égypte, au Liban ou en Syrie, ils ont milité, aux côtés des musulmans, dans la lutte contre l’occupant turc au nom de cette « identité arabe » qu’ils ont inventée, et puis pour l’indépendance de leurs pays. Dans la création du royaume de Jordanie, dans la défense de la Palestine, on ne peut omettre non plus la participation des chrétiens.

Comment mesurer cet apport ?

A. F. : Il apparaît de plus en plus, dans cette longue histoire du Moyen-Orient, que les phases de grandeur étaient celles de l’ouverture à la diversité, quand le repli et le renfermement entraînaient au contraire l’appauvrissement civilisationnel. Quel héritage ont laissé les Mamelouks, dynastie qui a régné en Égypte et en Syrie du XIIIe au XVIe siècle et qui a beaucoup persécuté les chrétiens mais aussi d’autres minorités ? Bien peu de chose.

Le Moyen-Orient perdrait beaucoup si l’hémorragie de ses chrétiens devait se poursuivre : un monde arabe résumé à sa seule composante musulmane serait privé de cette richesse culturelle, sociale, politique, économique aussi, qu’il tire de sa diversité. Le départ des chrétiens accentuerait aussi les polarisations entre courants de l’islam…

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Emilie Formoso, Aux sources des chrétiens d’Orient, La Vie, 26.09.2017

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L’existence des chrétiens d’Orient s’est rappelée à beaucoup d’entre nous par les exactions de Daech contre les assyro-chaldéens, le calvaire des syriaques pris dans le conflit syrien et les attentats visant des églises coptes. Pourtant, que savons-nous vraiment de ces communautés, pour ne citer qu’elles ? Notre connaissance du christianisme oriental est – avouons-le – souvent insuffisante pour aborder toute la complexité des événements récents. La nouvelle exposition de l’Institut du monde arabe, Chrétiens d’Orient, ouvre à ce titre une parenthèse de réflexion salutaire. En offrant le recul de 2 000 ans d’histoire, son parcours chronologique cerne les subtilités d’une identité chrétienne en formation et souligne le rôle actif que ces communautés ont toujours joué dans les territoires où elles ont vécu. « Loin d’être les résidus caducs d’un passé révolu », souligne Elodie Bouffard, co-commissaire de l’exposition, « les chrétiens d’Orient sont les héritiers vivants d’une riche culture, dans le monde actuel qu’ils ont contribué à construire. »

Une riche culture qui naît avec le christianisme, dans les pas des apôtres. Exposées pour la première fois en Europe, les fresques de Doura-Europos, provenant du plus ancien lieu de culte chrétien connu (242), évoquent les voies de diffusion lointaines du nouveau culte. Quelques pas plus loin, le face à face avec le portrait d’un moine copte des VIe-VIIe siècles rappelle que le monachisme (la vie des moines en communautés) est né dans les sables d’Egypte. « Il s’agit d’une œuvre rare, car ces portraits représentaient surtout des saints », explique Élodie Bouffard. « Elle redonne un visage à ces hommes qui ont fait ce choix de vie, si particulier, de se replier vers le désert pour vivre leur foi. »

C’est dans ce creuset antique que les Eglises d’Orient forgent le visage de leur diversité actuelle. La tolérance accordée au christianisme en 313 par l’édit de Milan permet la constitution progressive d’une orthodoxie… vite contestée. L’effervescence théologique nourrit les querelles, concile après concile. En 431, celui d’Ephèse voit s’éloigner les nestoriens, fondateurs de l’Eglise assyrienne, qui refusent de reconnaître en Marie la mère de Dieu. Après celui de Chalcédoine, en 451, c’est au tour des « monophysites » coptes, syriaques et arméniens de prendre leur distance avec Constantinople, en rejetant la double nature humaine et divine du Christ.

Il faut cependant se méfier des dates, qui donnent à tort l’impression de ruptures rapides et violentes. Le temps long des sociétés n’est pas celui de la politique. La présentation exceptionnelle de l’Evangéliaire de Rabbula, l’un des plus anciens manuscrits chrétiens conservés, le rappelle. « Il s’agit d’un manuscrit syriaque du VIe siècle, rédigé par le moine syriaque Rabbula, et qui a été préservé et utilisé longtemps par les maronites, ces chrétiens syriaques restés fidèles au concile de Chalcédoine. Voici donc une œuvre au contenu dogmatique, qui dépasse les clivages théologiques par son histoire », explique Antoine Fleyfel, professeur de théologie et philosophie à l’Université catholique de Lille, et responsable des relations académiques à l’Œuvre d’Orient. Si les scissions furent réelles, « de nombreux échanges se maintinrent dans les faits entre les communautés, et des tentatives de conciliation œcuméniques ont toujours existé ».

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Antoine Fleyfel, Le patrimoine des chrétiens d’Orient et le monde arabe, Perspectives & Réflexions, 2017

Le patrimoine des chrétiens d’Orient et le monde arabe

Éditorial du n. 5/2017

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De l’encens, des bougies et des iconostases de type byzantin ; des ornements liturgiques « exotiques », des langues qui rappellent l’aube du christianisme et une multitude d’Églises dont la complexité échappe souvent aux amoureux de ce christianisme. Il n’est pas rare que ces « clichés » soient évoqués lorsqu’il est question de parler des chrétiens d’Orient.

Cependant, la contribution civilisationnelle de ces derniers dépasse de loin ces simples lieux, car il est impossible de comprendre la culture arabe dans toute son étendue, et surtout (supprimer à) sa genèse, sans se pencher sur le patrimoine chrétien oriental. Celui-ci est déterminant à bien des égards, que ce soit sur le plan de la religion musulmane et son livre sacré, des sciences, de l’architecture, de l’économie, de la politique, de l’art, de la mystique ou des relations avec l’Occident.

Sans la langue syriaque par exemple, il est impossible de comprendre d’une manière pertinente du vocabulaire coranique et même l’évolution des lettres de l’alphabet arabe. Sans l’architecture des édifices syriaques antiques, il est impossible de saisir une partie de l’origine de l’architecture des mosquées et de leurs minarets. Sans la contribution scientifique et linguistique des savants chrétiens, syriaques, byzantins, coptes ou « nestoriens », il est impossible de comprendre la richesse et la grandeur de plus d’un califat musulman, notamment celui des Abbassides.

Parler donc du patrimoine des chrétiens d’Orient implique l’évocation d’un élément clef de la culture arabe, une dimension qui n’appartient pas aux communautés chrétiennes seules, mais au patrimoine de l’humanité ! Évoquer cet héritage rappelle la richesse de la rencontre des cultures et des civilisations, une rencontre qui est parfois positive, et qui produit à ce titre beaucoup de grandeur et de profondeur humaine. L’islam politique, quant à lui, veut faire fi de tout cela en pensant un monde à coloration unique, fondé sur des principes divins anhistoriques et fantasmés, faisant abstraction de toute contribution plurielle et diverse. Ses avatars les plus perfides, Daech, Al-Qaïda, les Talibans ou Boko Haram, détruisent physiquement et idéellement tout ce qui ne leur ressemble pas, tout ce qui indique que l’histoire de l’islam dans ses origines et son évolution leur échappe absolument.

Déployer le patrimoine des chrétiens d’Orient est une entreprise encyclopédique à laquelle ne prétend pas ce fascicule. Néanmoins, nous avons choisi d’exposer certains aspects de la chose à travers différents angles. Alors qu’Emmanuel Pataq Siman nous informe sur « Les emprunts lexicographiques au syriaque dans la langue arabe », Jean-Jacques Pérennès soulève la complexité qui entoure les Lieux saints en Terre sainte. Par ailleurs, vu la guerre ravageuse qui touche les chrétiens d’Irak et de Syrie de plein fouet, il nous a semblé de bon ton de demander à Christian Lochon de nous faire l’inventaire des destructions dont Daech est responsable, et de compter sur deux Aleppins, Sami Hallak et Abdallah Haddjar pour nous parler de « La présence des chrétiens à Alep ». Enfin, Abdo Badwi nous parle des iconographies non byzantines – réalité bien méconnue en Occident – et Samir Arbache de l’interdit de l’image dans l’islam, l’aniconisme.

Au nom de l’Œuvre d’Orient je sais gré à ces auteurs de leurs précieuses contributions qui permettent de comprendre davantage, de nuancer encore et de penser l’avenir d’une manière plus pertinente.

Souligner l’importance du patrimoine des chrétiens d’Orient c’est dire que nous croyons en un monde pluriel, c’est insister sur le fait que la rencontre des cultures n’est pas forcément un clash, mais un enrichissement mutuel, c’est faire de l’autre celui qui me complète !

Antoine Fleyfel

Perspectives & Réflexions

Rédacteur en chef

Mai 2017

Chrétiens d’Orient : les défendre est un humanisme, Le Point, 14.04.2017

Chrétiens d’Orient : les défendre est un humanisme

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Entre ceux qui ne les défendent pas et les adeptes de la récupération, les chrétiens d’Orient, eux, veulent juste vivre en paix, dans leurs pays.

Après l’émotion, le sang et les larmes, que reste-t-il ? La question des chrétiens en Orient, comme il conviendrait de le dire à la manière de feu Boutros Boutros-Ghali, n’est pas seulement confessionnelle. Loin de la politique, de la violence et de la discrimination, il s’agit de très anciennes traditions religieuses qui se fondent dans le tronc commun de nos origines, de nos civilisations. Pas plus, mais pas moins.
Une vision exotique et vendeuse

La compassion ne vaut pas ignorance. La défense de leur cause est donc un humanisme, un travail constant de réflexion à une échelle plus globale. Nous ne défendons pas les chrétiens parce que nous sommes chrétiens, mais parce que nous sommes humanistes, héritiers des Lumières. Les communautés religieuses ont besoin de vivre ensemble pour dépasser leurs essentialismes réciproques. Ne tombons pas dans ce piège. Un effort de sortie de ce modèle mortifère est plus que jamais nécessaire. « Il serait catastrophique pour les chrétiens de vouloir les découpler de leur environnement, donc des musulmans au milieu desquels ils vivent », explique Frédéric Pichon, l’auteur d’une thèse sur le village de Maaloula en Syrie. « Le traitement de la question par certains médias bien intentionnés ne fait qu’ajouter, continue-t-il, de la confusion à leur propre positionnement identitaire au sein d’un Moyen-Orient en pleine fièvre aiguë d’islamisme. Ainsi, les présenter comme « descendants directs des premiers chrétiens, qui parlent la langue du Christ » est certes très exotique et très vendeur, mais c’est passer sur le fait que dans leur immense majorité, ils sont arabophones, utilisent la langue arabe dans leur liturgie, et qu’ils n’ont eu de cesse d’illustrer la culture arabe. »

Depuis plusieurs années, un phénomène migratoire massif des chrétiens touche tous les pays, à commencer par l’Irak – de manière systématique depuis mars 2003 –, la Syrie, l’Égypte aussi, depuis la répression par l’armée de leurs manifestations en octobre 2011. « On pousse les communautés chrétiennes d’Orient à partir, et c’est là que se situe le véritable danger. Un Orient sans chrétienté, c’est un Orient sans âme. Par ailleurs, il faut tenir compte du passé pour se projeter dans l’avenir. Après Daech, le danger sera encore présent », explique depuis Bruxelles Naher Arslan, représentant de la Confédération assyrienne d’Europe auprès des institutions européennes. Dans certaines régions, la question de la confiance avec les musulmans a été rompue : « L’exemple de Mossoul est assez parlant, continue-t-il, certains voisins musulmans de maisons chrétiennes n’ayant pas hésité à dénoncer des voisins de longue date lors de la prise de la ville. En Turquie, l’image du chrétien traître à la nation est toujours véhiculée dans certains milieux, y compris dans la diaspora turque d’Europe, peut-être même plus qu’ailleurs. »
Gare à la récupération

Au fond, beaucoup idéalisent un passé de paix et de prospérité entre les communautés. Mais l’histoire montre que les choses sont plus complexes. « Depuis probablement les Croisades, continue-t-il, l’image du chrétien est associée à l’Occidental venu casser du musulman ». Les chrétiens d’Orient souffrent de cette association. La diaspora forme maintenant un nouveau continent du christianisme oriental, un continent éparpillé mais bien vivant qui agit contre la dilution culturelle et pour pérenniser l’usage de leurs langues.

Directeur général de l’Œuvre d’Orient, Mgr Pascal Gollnisch ne cesse de mettre en garde contre la récupération de leur cause « à des fins de politique intérieure française » et insiste au contraire sur les besoins immenses en termes d’éducation, toujours en collaboration avec les autorités locales : « Nous soutenons des projets qui bénéficient à des chrétiens, sunnites, chiites, yézidis comme les étudiants réfugiés à Kirkuk. Ils apprennent ainsi à se connaître, c’était la première fois pour la plupart qu’ils rencontraient des jeunes issus d’une autre religion. » Pour Antoine Fleyfel, professeur de philosophie et de théologie à l’université catholique de Lille : « Les chrétiens en général entretiennent de bonnes relations avec les musulmans. Les images de la mosquée accueillant les blessés des attentats récents en Égypte en sont un exemple parmi tant d’autres. Au Liban, en Palestine, en Israël, en Jordanie, en Syrie et même en Irak, des chrétiens et des musulmans agissent ensemble sur plusieurs plans : académiques, sociaux, civiques et humanitaires. La relation quotidienne peut être plus que normale. »

Les chrétiens veulent vivre en paix, dans leurs pays, avec leurs partenaires des autres religions, dans le cadre de régimes laïcs contextuels : « Ceux-ci sont les seuls garants d’une véritable citoyenneté, des droits de l’homme, de la liberté de conscience ou de l’égalité de tous. Ils veulent bâtir avec leurs concitoyens leurs patries et en faire des phares pour reprendre le chemin de l’évolution du monde arabe, en finir avec les fanatismes religieux, musulmans, juifs et chrétiens, en finir avec toute forme de théocratie et de théologie politique – dans le sens classique du terme –, de confessionnalisme, de communautarisme, de suivisme et d’instrumentalisation. » Au fond, il apparaît que parler des chrétiens d’Orient comme s’il s’agissait d’un seul groupe partageant une réalité unique de vie n’a plus beaucoup de sens.

Sébastien de Courtois
14.04.2017