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Recension du livre de Michel YOUNÈS, Pour une théologie des religions, DDB, Paris, 2012.

Recension du livre de Michel YOUNÈS, Pour une théologie des religions, DDB, Paris, 2012, 256 p., in MSR, janvier-mars 2014, p. 68-70.

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Le nouvel ouvrage de Michel Younès, maître de conférences à la faculté de théologie de l’Université catholique de Lyon arrive à point. Ce dernier avance une réflexion théologique sur la question de la diversité des religions, vieille de plus d’un demi-siècle, et constate qu’elle « stagne ». À l’heure de la mondialisation, des nouvelles technologies et de la rencontre jamais aussi urgente et étendue entre les cultures et les religions, cet état des choses a des répercussions fort peu édifiantes sur le dialogue interreligieux. Ainsi, l’auteur entend rappeler les fondamentaux de la réflexion en la matière, et met à la disposition de son lecteur une vision globale de la problématique, de ses visées, de ses acquis et de ses impasses. Quant à l’angle à partir duquel il entend aborder la question, il n’est autre que celui de la « théologie chrétienne des religions » qui s’avérera catholique au fil des pages de l’ouvrage, et fidèle aux requêtes du Magistère actuel de l’Église et de son enseignement.

Younès dont le travail se déroule sous les hospices d’une « théologie réflexive de type fondamental » rappelle dans la première partie de son travail trois notions clefs de la théologie des religions, à savoir le salut, l’alliance et la révélation. Celles-ci peuvent être appréciées selon trois genres de théologies désormais classiques en la matière : la théologie exclusive, la théologie inclusive et le pluralisme théologique. Face à son constat d’un certain épuisement de ces lieux théologiques, l’auteur propose une voie nouvelle dans la deuxième partie de son travail, une « proposition méthodologique pour aborder les religions d’un point de vue chrétien » intitulée « proportionnalité ». La troisième partie de cet essai montre dans quel sens la notion de proportionnalité jette un regard nouveau sur la problématique de la théologie des religions et permet « une meilleure articulation des trois notions clefs abordées dans la première partie », tout en montrant les bénéfices afférents.

La première partie de l’ouvrage, intitulée « Portes d’entrée en théologie des religions » constitue une réelle introduction de la question, et pourrait permettre à un profane en la matière d’en comprendre l’essentiel. À travers ses analyses des théologies du salut, de l’alliance et de la révélation, l’auteur passe en revue une considérable littérature théologique, sans pour autant étouffer le lecteur par de longues analyses de pensées théologiques de premier rang, nombreuses à occuper les pages de cette partie. Au centre de celle-ci, toute une panoplie de réponses tentant de concilier ou pas, la centralité du Christ pour la foi et son statut irremplaçable, avec la diversité des religions. Younès analyse avec adresse les différentes théologies, mettant en valeur leurs vertus et critiquant leurs impasses. Cependant, force est de constater que les distances qu’il prend avec l’exclusivisme et le pluralisme théologiques sont largement plus grandes que celle prises avec l’inclusivisme théologique.

La proportionnalité comme méthode occupe la deuxième partie de l’ouvrage. L’auteur la fonde à partir d’une démarche pluridisciplinaire qui fait appel aux mathématiques, à la philosophie, aux Pères de l’Église et surtout à l’Écriture. Au fil des pages, la proportionnalité se révèle de plus en plus comme une clef herméneutique, et les passages évangéliques deviennent désormais l’occasion d’une compréhension connexe à cette méthode. Ainsi, le mystère du Christ selon l’évangile de Marc est-il par exemple compris comme « un dévoilement proportionné » ; ou aussi, il est question en parlant des Actes des Apôtres de la proportionnalité comme « une œuvre pneumatologique ». La proportionnalité paraît comme une notion riche pouvant supporter diverses appréciations. Retenons que celle-ci considère la révélation de Dieu comme proportionnée aux capacités de ceux qui la reçoivent, « permet à la vérité une expression différenciée, et rend possible par le fait même un regard différencié sur la réalité ». Cependant, l’auteur écarte tout soupçon de pluralisme théologique de sa réflexion en rappelant que « pour la foi chrétienne, l’histoire du salut comme une régénération de la création s’accomplit définitivement dans le mystère du Christ Jésus » et que « la relation entre le Père et le Fils dans la force de l’Esprit émerge comme la norme absolue… ».

La dernière partie du livre examine en un premier temps la possibilité pour la logique de proportionnalité « de ressaisir, à la lumière de la foi en Christ, la question du salut, de l’alliance et de la révélation », et en un second temps, les horizons des relations entre l’Église et les religions à partir de la méthodologie proposée. La diversité des religions paraît légitime, et la proportionnalité « fait apparaître leur différence en fonction de leur capacité à s’approprier la vérité » qui reste une et unique, mais approché selon des « degrés relatifs aux capacités de se l’approprier ». Ainsi, la diversité paraît se former à partir des capacités d’accueil de la vérité. Cependant, l’appropriation par Christ demeure pour la théologie chrétienne, le plus haut degré de la proportionnalité, logique s’appliquant aussi l’interreligieux qu’à l’œcuménique et l’ecclésiologie. Effectivement, aux « yeux de l’Église catholique, la plénitude de l’Église du Christ se trouve en elle, sans pour autant qu’elle soit complètement absente des autres Églises et communautés ». Enfin, la proportionnalité s’approprie la missiologie, perçue en tant que dialogue et annonce. Ces deux attitudes sont « à effectuer proportionnellement à l’appropriation de celui à qui elles s’adressent ».

La théologie des religions ainsi que les dialogues interreligieux, œcuméniques et culturels constituent certainement les plus grands défis de la théologie d’aujourd’hui et de demain. Quel espace pourrait y occuper la nouvelle méthodologie ? Daignent les acteurs des dialogues répondre à ce questionnement fondamental.

 

Antoine Fleyfel

Université catholique de Lille

 

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