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Que vaut l’inscription de la liberté de conscience dans la Constitution tunisienne ?

Antoine Fleyfel interviewé par le journal La Croix, le 27.01.2014

Propos recueillis par Anne-Bénédicte Hoffner

 

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À la fois Français et Libanais, maître de conférences en théologie et philosophie à l’Université catholique de Lille et chargé des relations académiques à l’Œuvre d’Orient, Antoine Fleyfel considère la mention de la liberté de conscience dans la nouvelle Constitution tunisienne comme un « pas en avant » vers la construction d’une société pluraliste et démocratique.
« La question de la liberté de conscience est l’une des revendications majeures des chrétiens mais aussi des “laïques” – musulmans ou autres – dans les pays à majorité musulmane. Elle est aussi à ce titre une revendication du Saint-Siège, qui s’inscrit plus largement dans la logique des droits de l’homme. De fait, aujourd’hui, les conversions posent problème dans les pays majoritairement musulmans parce qu’elles sont interdites par la loi musulmane : sauf au Liban, un musulman qui se convertit au christianisme risque sa vie.

Reconnaître la liberté de conscience dans la Constitution, comme vient de le faire la Tunisie, est donc un pas vers la démocratie, qui n’est pas seulement le règne de la majorité mais aussi le respect d’un ensemble de valeurs contenues dans la Déclaration universelle des droits de l’homme. Il est important de noter que cette liberté de conscience ne bénéficiera pas seulement aux chrétiens mais à tous, en tant qu’elle favorise l’émergence d’une société pluraliste et respectueuse de tout être humain.

Certains sceptiques diront qu’il ne s’agit que d’une phrase, et que la réalité sociale restera la même… Quant à moi, j’y vois le signe d’un espoir dans le monde arabe. Il n’est pas étonnant que ce pas ait été franchi par la Tunisie, où la société civile qui croit dans ces valeurs humanistes est plus établie, et qui bénéficie d’un acquis laïque malgré la corruption de l’ancien régime.

Au passage, je précise que la laïcité dont on parle dans le monde arabe n’est pas une laïcité crispée, qui cherche à exclure la religion du domaine public, mais une laïcité “à l’orientale”, qui lui reconnaît une place dans la société, capable, par exemple, de s’inspirer des valeurs religieuses universelles, sans pour autant imposer la loi islamique à tous les citoyens. Je sais, bien sûr, que les choses se construisent sur de longues années, que les mécanismes juridiques qui rendront effective cette liberté de conscience sont encore à construire.

Le combat sera sans doute encore long : en Égypte, par exemple, le document publié par Al Azhar en 2012 sur la liberté religieuse, qui nous a tant réjouis, ne va pas jusqu’à évoquer la liberté de conscience. Mais il faut de tels pas. Ce qu’a réussi la Tunisie peut augurer une percée dans le reste du monde musulman. Plaise à Dieu qu’il soit contagieux. »

À Damas, la médiation subtile du nonce Mario Zenari, La Croix, 13.01.2014

À Damas, la médiation subtile du nonce Mario Zenari

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Dans la capitale syrienne, Mgr Zenari dispose d’un important réseau d’information et d’influence. Son rôle est notamment d’aider les responsables chrétiens à distinguer le spirituel du politique. Sortant de sa réserve, il n’a pas hésité à dénoncer les atteintes aux droits de l’Homme dans les deux camps.

Lorsque le Vatican a envoyé Mario Zenari en poste à la nonciature à Damas, le 30 décembre 2008, ce dernier était loin de s’imaginer qu’il assisterait trois ans plus tard, à la révolution la plus sanglante du Moyen-Orient. Né en Vénétie, à Vérone, le 5 janvier 1946, il avait acquis son expérience de nonce auprès de pays africains, en Côte d’Ivoire, au Niger et au Burkina Faso, puis en Asie, au Sri Lanka. En Syrie, il s’est trouvé confronté à une population chrétienne en forte diminution – leur nombre avait fondu de moitié depuis l’arrivée de Hafez al Assad au pouvoir –, et des églises d’Orient très divisées. Il a dû aussi – et doit encore plus que jamais – composer avec une hiérarchie religieuse chrétienne syrienne « largement gagnée à la cause du régime, ce n’est un mystère pour personne », souligne un observateur de la scène locale.

C’est dans ces conditions délicates que s’exercent ses qualités reconnues par tous « d’excellent diplomate, bien informé », mais aux moyens limités. En effet, de quel poids, sinon « de quelles divisions » pèse le Saint-Siège dans un conflit qui, en Syrie, oppose un régime doté d’une armée largement approvisionnée par Moscou et Téhéran, à des groupes djihadistes islamistes tout aussi déterminés ?

Le nonce, « puissance diplomatique soft »

« Le nonce apostolique représente le Saint-Siège, sujet de droit international ayant un statut unique, spirituel et moral, rappelle Antoine Fleyfel, maître de conférences à l’Université catholique de Lille. On peut le qualifier de « puissance diplomatique « soft » parce que privée de toute faculté d’exercice de pouvoir coercitif, si ce n’est celui de l’appel à l’opinion publique. Le Saint-Siège agit en Syrie, à travers la nonciature et les autorités catholiques, dans la mesure de ce que lui permet sa nature même, celle d’un État sans armée ou pouvoir économique, mais fort d’un poids moral consistant à représenter plus d’un milliard trois cent millions de catholiques, et d’un large réseau de relations. Il est la seule diplomatie qui agit sérieusement en faveur des chrétiens d’Orient, en mettant en avant la paix, les droits de l’homme, la liberté de conscience et la citoyenneté ».

Mais Monseigneur Zenari dispose sur le terrain d’un réseau d’évêchés et de chrétiens qui l’informent de la situation et peuvent servir de médiateurs. « Le rôle du nonce est aussi d’aider les responsables chrétiens à distinguer le spirituel du politique, ajoute Pascal Gollnisch, directeur général de l’Œuvre d’Orient, une distinction difficile dans le monde arabe. D’un côté, l’islam ne fait pas cette différence ; de l’autre, les patriarches et les évêques ont hérité de l’empire ottoman d’être les représentants civils de leur communauté devant le Sultan ».

Interventions publiques et médiation interreligieuse

Il peut aussi dénoncer les atteintes aux droits de l’homme, de part et d’autre. Après les images relayées par les médias des attaques chimiques contre les civils, en août 2013, dans la banlieue de Damas, Mario Zenari est sorti de la réserve diplomatique d’usage : « Les Syriens appellent à l’aide la communauté internationale pour qu’elle les aide à en finir avec cette guerre. Ils lui disent : on en a assez, on n’en peut plus, on ne peut pas continuer plus longtemps », lançait-il alors. Plus récemment, il est intervenu publiquement lors de l’enlèvement des 11 religieuses du Monastère grec-orthodoxe de Mar Thecla (Sainte Thècle), à Maaloula.

En Syrie, Mgr Zenari a tenté à plusieurs reprises, de pousser les responsables des églises chrétiennes à faire une déclaration commune avec les chefs musulmans, en vain.

« En préparation de la conférence de Genève II, le 22 janvier prochain, une réunion des responsables chrétiens syriens est prévue au cours de laquelle ils réfléchiront à leur rôle de paix dans une transition ou un processus de paix. Ils ne sont pas invités en tant que tel à Genève, mais ils ont conscience qu’ils ont un rôle à jouer », explique Pascal Gollnisch. Selon lui, « au risque d’être taxé d’angélisme, qu’on le veuille ou non c’est la négociation et elle seule qui permettra d’aboutir à la paix ».

AGNÈS ROTIVEL

La Croix
13.01.2014

Un avenir en clair-obscur pour les chrétiens d’Orient, La Croix, 20.12.2013

Un avenir en clair-obscur pour les chrétiens d’Orient

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Ébranlées par l’instabilité régionale, les communautés chrétiennes d’Orient sont loin d’être promises au déclin, même si leur présence tend à se resserrer.

Chrétiens d’Orient… En songeant aux maronites, aux melkites, aux coptes, aux arméniens ou encore aux chaldéens, on se figure des Églises d’un autre âge, dont les rites sibyllins font résonner des langues oubliées, puisant leurs racines dans les temps apostoliques, mais dont la disparition serait, à terme, inéluctable. Cette vision répandue est pourtant assez éloignée de la réalité.
Des situations très variables

S’il admet que la vitalité des communautés orientales est mise à mal par l’instabilité du monde arabe, le P. Jean-Marie Mérigoux ne souscrit guère aux prédictions les plus alarmistes. « Bien sûr, le contexte syrien ou irakien est extrêmement délicat pour les chrétiens, reconnaît ce dominicain qui a vécu quatorze ans à Mossoul, en Irak. Mais d’un pays à l’autre, les situations sont très variables. Nous devons garder à l’esprit que ces Églises ont toujours su surmonter leurs difficultés. »

En présence des patriarches orientaux réunis à Rome en novembre, le pape François lui-même a confié ne pas pouvoir se résigner « à penser le Moyen-Orient sans les chrétiens ».

Cette préoccupation se nourrit du traumatisme irakien. Après l’invasion américaine de 2003, ce pays a vu sa population chrétienne passer de 1 200 000 à moins de 500 000 fidèles. Le conflit syrien en aurait déjà poussé 450 000 sur les routes de l’exode. « En dépit de cette saignée, les chrétiens sont loin d’avoir déserté l’Orient. Leur présence reste importante au Liban, atténue Antoine Fleyfel, professeur à l’Université catholique de Lille. En Égypte, leur poids démographique – 8 millions de coptes – rend leur disparition impossible. » Pour ce chercheur franco-libanais, les chrétiens subissent souvent les conséquences de ces difficultés, au même titre que les autres communautés.
Un problème démographique

Directeur de l’Institut d’études de l’islam et des sociétés du monde musulman, à Paris, Bernard Heyberger avance une hypothèse originale pour démentir ce scénario d’un déclin programmé du christianisme en Orient, que beaucoup s’obstinent à lier à l’émergence de l’islam, au VIIe  siècle.

« Si l’on se penche sur l’histoire démographique, développe-t-il, on constate que le XIXe  siècle a été une période de progression de la proportion et du nombre de chrétiens par rapport aux musulmans dans les sociétés du Proche-Orient. La régression observée au XXe  siècle n’est pas la conséquence d’une volonté intrinsèque de l’islam de faire disparaître le christianisme, mais celle d’un différentiel démographique. »

La transition démographique des chrétiens – comme celle des juifs – a été plus précoce que celles des musulmans, qui sont en train de la vivre à leur tour. « Je ne nie pas un affaiblissement du christianisme oriental, mais les causes ne sont pas celles que l’on avance habituellement. Évidemment, poursuit Bernard Heyberger, en Irak et en Syrie, des chrétiens émigrent parce qu’ils se sentent menacés. Mais dans tous ces pays, la question du pluralisme continuera de se poser. »
Trois défis à relever

Une certitude partagée par Antoine Fleyfel, qui soumet l’avenir de ces Églises à trois défis conjoints : maintenir une attitude de dialogue avec l’islam en dépit de la violence d’une minorité extrémiste ; œuvrer à l’unité de traditions parfois distantes (par exemple en unifiant la date de Pâques) ; et enfin s’engager en faveur de la citoyenneté.

« Leur force tient essentiellement à leur foi, observe de son côté Mgr Pascal Gollnisch, directeur de l’Œuvre d’Orient.Une foi solide, doublée d’un sens aigu de la famille. Sur le plan social, ils n’ont jamais perdu le lien entre la paroisse, le dispensaire et l’école. Ils savent articuler le soin du corps, de l’esprit et de l’âme. »

Leur engagement au service du bien commun en fait des acteurs de premier plan. Au Proche-Orient, leur influence déborde largement leur nombre réel. D’aucuns soulignent toutefois la nécessité d’une meilleure formation des laïcs, tant pour assumer les besoins de leurs Églises que pour peser sur l’avenir de ces sociétés.

FRANÇOIS-XAVIER MAIGRE

La Croix
20.12.2013

Entretien autour de la Syrie, Politique magazine, 27.09.2013

Entretien autour de la Syrie

Antoine Fleyfel interviewé par Politique magazine le 27.09.2013

Propos recueillis par Jean-Baptiste d’Albaret

Pour lire l’article cliquer sur la photo :

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Syrie : « Ces frappes vont aggraver les souffrances »

Antoine Fleyfel interviewé par Pèlerin magazine, le 12.09.2013

Propos recueillis par Sophie Laurant

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-Quel est l’état d’esprit des chrétiens syriens ?
- Comme tous les civils, ils subissent au quotidien les dures conséquences de la guerre. Et ils redoutent une prise de pouvoir par les extrémistes sunnites, de plus en plus actifs au sein des forces rebelles. Alors, même s’ils n’apprécient pas particulièrement le régime de Bachar el Assad, entre deux maux, les chrétiens ont tendance à choisir le moindre.
Rappelons aussi qu’au début du XXe siècle, l’un des leurs, Michel Aflak, a été à la source de la création du parti Baas dont se réclame toujours le président actuel. Ils étaient fiers de cet idéal laïc qui proclamait le nationalisme arabe tout en affirmant la coexistence pacifique des religions. Or, la rébellion n’a jamais rassuré les chrétiens d’une manière significative sur le maintien de ces valeurs. Bien au contraire, même ceux qui étaient favorables à la révolution au début, voient désormais, sur le terrain, des groupes armés brûler des églises et enlever des prêtres… Comment ne trouveraient-ils pas là confirmation de leurs pires craintes ?

-Pourquoi sont-ils contre une intervention des Américains et des Français?
-D’abord parce que ces frappes ne peuvent qu’aggraver les souffrances des populations. Et pour beaucoup d’entre eux, cela revient à soutenir les bandes armées islamistes dans leur combat contre les zones encore relativement sécurisées, par exemple, autour de Damas et dans ce qu’on appelle « la vallée des chrétiens », le wadi el Nassara, à l’Ouest du pays. En outre, ces menaces ravivent une vieille méfiance envers l’Occident. Celui-ci a souvent été perçu politiquement comme une puissance agressive depuis la quatrième croisade qui, en 1204, a pillé Constantinople, capitale chrétienne de l’Orient.
Plus près de nous, l’Amérique et l’Europe sont accusés d’être responsables des malheurs des Palestiniens et, depuis 2003, d’avoir occupé l’Irak sous de mauvais prétextes, de laisser ce pays se désagréger. Les Syriens chrétiens se rappellent très bien les flots de leurs coreligionnaires irakiens fuyant leur pays après sa soi-disant « libération ».

-Sont-ils nombreux à fuir le pays ?
Il est impossible de dire si parmi les 6,2 millions de déplacés (dont 2 millions sont réfugiés à l’étranger) les chrétiens sont surreprésentés. Ils constituaient, avant le conflit, entre 5et 7% de la population. Grâce à leurs fréquents liens familiaux au Liban et à leurs moyens financiers un peu supérieurs à la moyenne, ceux qui partent réussissent souvent à éviter les camps de réfugiés, où s’entassent les plus pauvres. Mais je crains que la violence ne s’aggrave encore dans les mois qui viennent et pousse à l’exil encore davantage de familles.

Le dialecte libanais au-delà des frontières avec Keefak

Antoine Fleyfel interviewé par Agenda culturel (Beyrouth), le 02.09.2013

Propos recueillis par Tancrède Bonora

 

Agenda culturel

Dans les rues de Beyrouth, il est courant de se saluer d’un “Hi, Kifak, ça va”, soit un mélange d’anglais, d’arabe et de français. Parler ces trois langues dans une même phrase est devenu un exercice quotidien pour de nombreux Libanais, notamment dans les grandes villes et chez les jeunes. Mais pour la diaspora libanaise – 15 millions de personnes pour seulement 4 millions d’habitants au Liban – parler l’arabe libanais est un moyen de rester attacher à ses racines. Et l’éloignement du pays natal n’aide pas à pratiquer la langue.

Pour contrer ce phénomène, Hadi el-Khoury a créé Keefak, une application mobile d’apprentissage du dialecte libanais à partir du français, de l’anglais, de l’espagnol et du portugais brésilien. “Après avoir discuté avec de nombreux français d’origine libanaise, j’ai constaté qu’ils avaient des difficultés à apprendre l’arabe à leurs enfants, et qu’ils en éprouvaient une certaine frustration. C’est quand je suis devenu père que j’ai créé l’application” affirme Hadi el-Khoury, fondateur de Keefak.

Keefak s’adresse principalement aux Libanais partis s’installer à l’étranger, mais également aux épouses, conjoints et amis de Libanais qui ne veulent pas être perdus dans les conversations au Pays des Cèdres. Et dans les prochains mois, une version pour enfants ‘Keefak Junior’, avec des dessins animés, devrait voir le jour. Au-delà de l’aspect commercial du projet, les fondateurs se sentent investis d’une mission culturelle : maintenir le lien avec le Liban.

Le point fort de l’application est de pouvoir étudier le dialecte libanais sans passer par l’apprentissage de la langue arabe et son alphabet. Simplement pour communiquer au quotidien et se délecter de la cuisine libanaise. Les cours sont assurés par le professeur Antoine Fleyfel à partir de ses ouvrages ‘Parler libanais’, et compile du vocabulaire, de la grammaire et des exercices audio, notamment sous forme de conversations fictives.

“Les nouvelles technologies rendent beaucoup plus accessibles l’apprentissage. Le smartphone se transforme en outil de connaissance”, reconnaît Antoine. Il est plus facile d’avoir un téléphone dans la poche qu’un livre encombrant, ou se rendre à un cours à une heure précise. Et dans nos sociétés modernes, on oublie plus facilement un livre que son téléphone.

Déclin du dialecte libanais


Mais les nouvelles technologies accélèrent aussi le déclin de la langue arabe au Liban, notamment chez les jeunes. Leur profil Facebook, Twitter ou Instagram sont en anglais. Et dans les conversations, il apparaît souvent plus chic de parler français et indéniablement plus “cool” d’utiliser des expressions anglophones.

Pour Antoine Fleyfel, oublier la langue mère du pays contribue à anéantir le génie d’une culture. “Le déclin de l’arabe libanais est lié à une crise identitaire, une dépréciation de la culture du pays. Certains pensent que ce qui vient de l’étranger est forcément mieux. On a une mauvaise estime de notre propre héritage. Mais la déliquescence du dialecte libanaise procède aussi d’une méconnaissance ; on oublie souvent la richesse de l’arabe libanais, son élégance” se désole-t-il. “On pense, à tort, qu’une langue est un outil seulement technique. Or la langue est porteuse d’une culture, notamment religieuse. Par exemple pour dire “J’espère” on utilise Inch’Allah qui signifie ‘Si Dieu le veut’. Cela n’est pas anodin”. Protéger la langue arabe est aussi le leitmotiv de l’association Fiil Amr qui avait mené, en 2010, une campagne dans les rues de Beyrouth pour la sauvegarde du dialecte libanais. Des sculptures de lettres arabes gisaient au milieu d’une fausse scène de crime avec pour slogan ‘Ne tue pas ta langue’. Comme un ultime avertissement, Alexandre Najjar, dans ‘Le Roman de Beyrouth’, avait souligné avec brio qu’”un pays ne meurt pas quand il est occupé, c’est quand sa culture meurt qu’il meurt vraiment”. Dont acte.

Les chrétiens ont un avenir en Orient, Courrier français, 02.08.2013

Les chrétiens ont un avenir en Orient

Antoine Fleyfel interviewé par Courrier français, le 02.08.2013

Propos recueillis par Clément Vidal

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De nouveaux patriarches face aux lendemains du « printemps arabe », La Croix, 03.01.2013

En l’espace d’un an, quatre des plus importantes communautés chrétiennes orientales ont vu leurs primats renouvelés.

Cette nouvelle génération de patriarches va devoir conforter des millions de fidèles inquiets face à l’avenir du monde arabe.

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Ils incarnent l’espoir pour des millions de fidèles. Alors qu’un enchaînement de révoltes et de conflits bouleverse l’équilibre du monde arabe, une nouvelle génération de patriarches émerge au sein des Églises orientales. En l’espace d’un an, quatre des plus importantes communautés chrétiennes du Moyen-Orient ont vu leurs primats renouvelés : Béchara Raï, élu le 15 mars 2011 patriarche maronite d’Antioche ; Tawadros II, élu le 4 novembre 2012 pape copte-orthodoxe ; Jean X, élu le 17 décembre 2012 patriarche grec-orthodoxe d’Antioche ; sans oublier la démission, peu avant Noël, du patriarche chaldéen Emmanuel III Delly, dont le successeur doit être désigné, à Rome, le 28 janvier.

En dix ans, la communauté chrétienne irakienne, qui comptait 1 200 000 fidèles avant l’invasion américaine de 2003, a connu une hémorragie dramatique. C’est dire si la mission du futur patriarche s’annonce délicate, à l’instar de celle de ses homologues.

« Ces changements interviennent à un moment décisif pour la présence chrétienne au Proche-Orient, analyse le P. Frans Bouwen, Père Blanc à Jérusalem. Il faudra à ces patriarches de réelles qualités de jugement et de discernement, pour se positionner face aux nouveaux équilibres. Et dans l’immédiat, nous avons plus de questions que de réponses. »

LES ÉGLISES DOIVENT COMPOSER AVEC LA MONTÉE D’UN ISLAM POLITIQUE TRÈS INFLUENT
« Dans ce contexte instable, leur tâche s’annonce plus complexe que celle de leurs aînés, pressent de son côté Mgr Pascal Gollnisch, directeur de l’Œuvre d’Orient. Ils vont devoir susciter une espérance chez les fidèles, les convaincre qu’un avenir est possible sur la terre de leurs origines, sans pour autant négliger ceux, nombreux, qui vivent dans la diaspora. »

Il serait évidemment artificiel de faire une lecture globale de situations qui, de l’Irak à l’Égypte, en passant par le Liban ou la Syrie, ne sont pas interchangeables. Mais l’écroulement de régimes autoritaires (en Irak et en Égypte), ou leur affaiblissement (en Syrie), semble avoir accentué l’inquiétude des minorités.

Ces régimes, qui pouvaient donner l’illusion de protéger le pluralisme religieux, ont en effet longtemps été perçus comme un moindre mal par les chrétiens. Dans cette marche incertaine vers la démocratie, les Églises doivent aujourd’hui composer avec la montée d’un islam politique très influent.

« SEULE LA PLEINE CITOYENNETÉ GARANTIRA L’AVENIR DES CHRÉTIENS »
Pour autant, « les prévisions d’un “hiver islamiste” semblent avoir été exagérées », avance Antoine Fleyfel, professeur de théologie à l’Université catholique de Lille. S’il juge « compréhensible » l’essor de mouvances politiques islamistes – ces dernières ayant été opprimées par les dictatures –, ce chercheur estime que ces groupes ne sont pas les seuls acteurs du changement : de nombreux musulmans nourrissent des aspirations démocratiques.

Et c’est à leurs côtés que les patriarches doivent encourager leurs fidèles à « s’engager dans les causes arabes », au sein des structures politiques existantes : « Seule la pleine citoyenneté garantira leur avenir », souligne-t-il. Cette prise de conscience explique leur vigilance quant au contenu des nouvelles Constitutions, censées garantir l’égalité des citoyens. Pour le P. Bouwen, la pire attitude serait de rester « spectateurs » de ces débats, au risque « de ne pas compter dans le futur ». Antoine Fleyfel parle, lui, d’une « tentation minoritaire ». Il n’est pas anodin qu’à peine élu le nouveau pape copte ait pris soin de déclarer : « Je suis un citoyen égyptien ». « En disant cela, analyse la spécialiste de l’Église copte Christine Chaillot, ce patriarche de 61 ans a mis le doigt sur l’essentiel ; rappeler le rôle des chrétiens en tant que citoyens de la société égyptienne, ayant des droits égaux à ceux des musulmans. Même son prédécesseur ne s’était jamais exprimé aussi directement. »

« ÉCARTER LES DISCOURS DE PEUR »
Derrière ces transitions politiques, c’est bien le défi de la coexistence islamo-chrétienne qui se pose. « Les populations sont fatiguées des conflits violents, veut croire Mgr Goll­nisch. Si l’économie repart, il y a fort à parier que des groupes se lèveront pour promouvoir une vraie convivialité entre les religions, telle qu’on l’a vue place Tahrir lors de la révolution égyptienne. »

De telles expériences de dialogue entre chrétiens et musulmans modérés émaillent déjà le monde arabe. Il cite l’exemple de l’université Saint-Joseph de Beyrouth, ou encore le projet d’une académie de sciences humaines impliquant les deux confessions, à Bagdad.

Passeurs, les chrétiens ne le seront pleinement qu’en réformant leurs propres structures, considère cependant l’historien Sébastien de Courtois : « Sur cette génération reposent de grandes décisions : actualiser la pensée théologique, redéfinir le rôle du prêtre dans la société, favoriser l’émergence d’un laïcat… »

Certains observateurs déplorent en effet « l’archaïsme des structures » des Églises d’Orient, source de paralysie face à ces défis, de même que le manque de synergie entre orthodoxes et catholiques, voire entre catholiques… À en croire Antoine Fleyfel, ce n’est qu’au prix de « réformes de fond » que les chrétiens trouveront l’audace d’« écarter les discours de peur » au sein du monde arabe.

 

François-Xavier Maigre
La Croix
03.01.2013

Mgr Nasser Gemayel, premier évêque pour les maronites de France, La Croix, 22.07.2012

Le Saint-Siège a annoncé samedi 21 juillet la création d’un diocèse destiné à la communauté des catholiques libanais habitant dans l’Hexagone.

C’était un événement attendu de très longue date par les catholiques libanais installés en France. Rome a officiellement annoncé, samedi, la création de l’éparchie de Notre-Dame-du-Liban de Paris des maronites. La diaspora maronite, constituée en France par environ 80 000 fidèles, ne dépendra donc plus de l’archevêque de Paris, ordinaire des catholiques de rite oriental résidant en France et n’ayant pas leur propre ordinaire. « Cette nomination souligne la volonté de Rome de respecter les Églises orientales dans leur spécificité, analyse Antoine Fleyfel, théologien et philosophe franco-libanais. Dans leurs exhortations, Jean-Paul II et Benoît XVI soulignent toujours l’importance du rôle de la diaspora pour leur pays d’origine. »

C’est aussi une application des propositions du Synode pour le Moyen-Orient, publiées à l’automne 2010. Parmi elles, Rome insistait particulièrement sur l’« établissement d’éparchies propres, là où les besoins pastoraux le requièrent ». Certains voient aussi dans cette annonce un signal fort envoyé à la communauté maronite, avant le voyage de Benoît XVI au Liban, prévu en septembre.

À la tête de cette structure canonique, le pape a nommé Mgr Nasser Gemayel. À 61 ans, l’évêque connaît bien la France, où il étudia à l’Université catholique de Lyon et la Sorbonne. À la paroisse Notre-Dame-du-Liban, siège de l’éparchie, il pourra notamment disposer de séminaristes, et donc ordonner ses propres prêtres. « Dans ce domaine, les maronites de France étaient entièrement dépendants des autres diocèses libanais », explique Antoine Fleyfel. Le nouvel évêque siégera aussi aux côtés des ordinaires des communautés arménienne et ukrainienne dans l’Hexagone, au sein de la Conférence des évêques de France. « Alors que beaucoup de migrants vivent dans notre pays, c’est une nouvelle très importante pour l’évangélisation, commente l’évêque de Saint-Étienne, Mgr Dominique Lebrun. Il ne nous est pas insensible d’avoir parmi nous un évêque qui prie en arabe. »

La Croix
22.07.2012

Questions sur la crise syrienne, La Croix, 14.02.2012

Alors que le conflit en Syrie prend des allures de guerre civile, trois experts en analysent les causes et les conséquences, notamment pour les chrétiens.

Le régime syrien a lancé mardi 14 février donné un assaut le plus violent depuis des jours sur la ville rebelle de Homs, avec « en moyenne deux roquettes qui tombent par minute », a indiqué l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) en début d’après-midi.

Au moins six civils ont été tués, venant s’ajouter aux 6 000 morts de la répression du régime de Bachar Al Assad depuis onze mois.

Dans la troisième ville du pays où plus de 300 personnes ont péri depuis le 4 février, le temps presse et la crise humanitaire est de plus en plus intolérable. Les gens sont « entassés dans les abris » et « les morts sont enterrés depuis une semaine dans les jardins car même les cimetières et les tombes sont visés » indiquait mardi 14 février à l’AFP Hadi Abdallah, membre du « Conseil de la révolution de Homs ».

L’incapacité du Conseil de sécurité de l’ONU à se mettre d’accord sur une action collective a « encouragé le gouvernement syrien à lancer un assaut sans retenue dans le but d’écraser la dissidence », a estimé lundi 13 février la haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme Navi Pillay. Profondément divisée sur la crise, la communauté internationale l’est encore plus sur la proposition d’une force de paix avancée la veille par la Ligue arabe : Paris a mis en garde contre toute action « à caractère militaire », Moscou exigé un cessez-le-feu et Washington souligné qu’en l’absence de paix, une telle initiative était compliquée.

« La Croix » a interrogé trois spécialistes du pays Antoine Fleyfel, théologien et philosophe franco libanais, Karim Bitar, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), et Fabrice Balanche, maître de conférences à l’Université Lyon II réagissent passent en revue la situation intérieure du pays, le contexte géostratégique et la place des chrétiens.

LA CROIX : QUELLE EST LA SITUATION INTÉRIEURE EN SYRIE ?

Antoine Fleyfel : « Je redoute vraiment une guerre civile. D’une part, parce que le conflit s’est militarisé entre l’armée syrienne et l’armée de la Syrie libre. D’autre part, parce que des factions islamistes ont tout intérêt à mettre en avant des aspects confessionnels dans ce conflit, pour que les oppositions entre sunnites et alaouites, entre musulmans et chrétiens prennent le dessus. Aujourd’hui, plusieurs scénarios sont possibles, selon que le régime de Bachar Al Assad tombe ou pas. »

Karim Bitar : « En Syrie, deux éléments ouvrent la voie à une guerre civile : la montée des tensions entre communautés religieuses et la militarisation excessive de l’armée et des opposants. On n’est plus du tout dans une logique de révolution arabe comme en Tunisie. Pour l’instant, Bachar Al Assad n’a pas trop de soucis à se faire. L’armée lui est fidèle, il a de nombreux soutiens extérieurs comme l’Iran, la Chine et la Russie, et il sait que les Occidentaux ne se risqueront pas à une intervention en 2012. Mais je pense qu’à moyen terme, il est condamné, car, économiquement, le régime est très affaibli. Les sanctions économiques qui l’empêchent de vendre son pétrole à l’Europe représentent une perte de 450 millions d’euros par mois. Les recettes fiscales ont également baissé de 50 %. Bientôt, Damas ne pourra plus financer la répression, sauf si l’Iran lui fait des chèques en blanc. »

Fabrice Balanche : « On ne peut pas généraliser, mais dans certains endroits, comme à Homs, on peut déjà parler d’une guerre civile communautaire. L’armée syrienne, majoritairement composée d’alaouites, attaque régulièrement les quartiers sunnites. Autre indicateur, on trouve beaucoup de familles divisées entre opposants et partisans du régime. Pour le moment, Bachar Al Assad a en face de lui une opposition très divisée. Les dirigeants du Conseil national syrien (CNS, la principale coalition) et le Conseil national pour le changement démocratique (CNCD, opposition ancienne favorable à la laïcité) se détestent. En plus, ils ne sont pas d’accord sur le principe d’une intervention étrangère en Syrie, réclamée par le CNS, et à laquelle le CNCD s’oppose catégoriquement. Le CNS ne représente qu’une partie de l’opposition basée à l’étranger. Son chef, Burhan Ghalioun, n’est qu’une marionnette, il n’a aucun pouvoir. C’est le Qatar et les Frères musulmans qui pilotent tout. »

LA CROIX : QUEL EST LE CONTEXTE GÉOSTRATÉGIQUE ?

Antoine Fleyfel : « Plusieurs pays occidentaux, dont la France, ont pressé le Conseil de sécurité de l’ONU d’adopter une résolution contre la Syrie. Après un précédent texte en octobre 2011, bloqué par un veto russe et chinois, les 15 pays membres du Conseil de sécurité ont renoncé le 4 février dernier, pour ne pas heurter Moscou, à adopter un texte qui soutenait les décisions prises par la Ligue arabe en janvier en vue d’assurer une transition vers la démocratie en Syrie, avec transfert des pouvoirs du président syrien Bachar Al Assad à son vice-président. Désormais, la Ligue arabe accepte de fournir un soutien politique et matériel à l’opposition syrienne et de demander au Conseil de sécurité la formation d’une force conjointe ONU-Arabes pour mettre fin aux violences en Syrie. »

Karim Bitar : « Parmi toutes les révolutions arabes, le cas syrien est le plus complexe. Actuellement, on assiste à une guerre froide entre l’axe Iran-Irak-Hamas et les pétromonarchies du Golfe, qui cherchent à étendre leur influence dans la zone. L’ironie du sort, c’est que la Syrie, qui autrefois instrumentalisait les conflits interreligieux sur le territoire libanais, joue aujourd’hui le rôle du Liban : elle est devenue l’objet de l’affrontement entre les puissances régionales. L’Iran fournit des armes au régime, tandis que l’Arabie saoudite soutient l’opposition syrienne. »

Fabrice Balanche : « Au-delà du contexte régional, il y a clairement une lutte d’influence entre les grandes puissances. Depuis l’arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir, la Russie s’efforce de reprendre pied dans les zones où l’URSS était présente avant l’effondrement du bloc soviétique, que ce soit dans le Caucase, en Asie centrale ou au Moyen-Orient. Surtout, Moscou craint la contagion des révolutions arabes à l’intérieur même de ses frontières. De son côté, la Chine, dont la montée en puissance est plus récente, aspire à jouer un rôle diplomatique de premier plan. Elle veut aussi stabiliser la Syrie, car elle a besoin d’hydrocarbures pour se développer. Ces deux alliés de Damas ont donc intérêt à voir Bachar Al Assad rester au pouvoir, cela explique pourquoi ils bloquent la situation à l’ONU en apposant systématiquement leur veto. »

LA CROIX : OÙ EN SONT LES CHRÉTIENS ?

Antoine Fleyfel : La situation des chrétiens – environ 7 % de la population syrienne – varie selon les villes. Quelques familles chrétiennes de Homs et Hama fuient les combats pour se réfugier dans d’autres régions du pays, mais, pour le moment, il n’y a pas d’exode massif des chrétiens hors de Syrie. Dans la plupart des cas, musulmans et chrétiens subissent le même sort.
Depuis le début des troubles, la grande majorité des chrétiens syriens ménage le pouvoir en place, avec qui ils ont toujours eu de grandes affinités et à cause de leur crainte de voir la révolte aboutir à l’installation d’un régime islamiste. D’ailleurs, l’opposant et militant chrétien des droits de l’homme Michel Kilo, qui comptait parmi les “pères” du printemps arabe, a pris ses distances par rapport à la révolte syrienne à cause de la tournure violente et armée qu’elle a prise. Lui, comme d’autres chrétiens, revendiquait des réformes, mais pas la chute du régime de Bachar Al Assad. La plupart des autorités chrétiennes, catholiques et orthodoxes confondues, ont pour leur part pris position en faveur du régime, d’où la crainte des chrétiens d’être victimes de représailles de la part des opposants. Et puis, les chrétiens syriens n’ont pas oublié ce qui s’est passé pendant la guerre au Liban (1975-1990) et ils ont sous les yeux l’exemple de l’Irak : la crainte est réelle pour eux qu’une intervention internationale puisse contribuer à la montée de l’islamisme. »

Karim Bitar : « Les chrétiens de Syrie sont complètement traumatisés par l’expérience irakienne. Plus de la moitié des chrétiens d’Irak ont dû fuir leur pays sous la menace des persécutions, et 1,2 million d’entre eux ont trouvé refuge en Syrie après la chute de Saddam Hussein. C’est pour cette raison que la communauté chrétienne et notamment les patriarches restent fidèles au régime, mais ce soutien pourrait devenir dangereux si Bachar Al Assad finit par tomber. Il y a quand même quelques chrétiens dans l’opposition. Georges Sabra, l’opposant chrétien qui dirige le Parti du peuple démocratique, pourrait d’ailleurs prendre la suite de Burhan Ghalioun à la tête du Conseil national syrien. Ce serait un signal fort pour encourager les chrétiens de Syrie à se désolidariser du pouvoir.»

Fabrice Balanche : « Les chrétiens de Syrie, en majorité des grecs-orthodoxes et des arméniens, sont très inquiets pour leur avenir. Beaucoup d’entre eux ont été intégrés dans l’administration et même l’armée syriennes, et ont apporté leur soutien au pouvoir en place dès le mois d’avril 2011. Car tant que le régime de Bachar Al Assad résiste, ils sont à l’abri de l’hégémonie des sunnites, majoritaires, qui pourraient imposer un islam radical. Ils redoutent que l’expérience irakienne se répète. Déjà, certains ont fui après avoir été persécutés par les salafistes syriens. Un véritable processus d’élimination des minorités chrétiennes est en marche au Proche-Orient, et il a commencé dès le début du XXe siècle, en Turquie, avec le génocide arménien. »

Recueilli par Claire Lesegretain et Célia Lebur
La Croix
14.02.2012